Yoroï : une co-production internationale labellisée Ecoprod

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Ecoprod a eu le plaisir d’échanger avec Charles Jaeger, coordinateur d’éco-production pour le long-métrage Yoroï, réalisé par David Tomaszewski, co-écrit par Orelsan et produit par Cinéfrance Studios, Label Ecoprod 1 étoile.

Une démarche d’éco-production à l’international

Le long-métrage Yoroï, tourné en France et au Japon, a obtenu le Label Ecoprod 1 étoile. D’après vous, quels sont les enjeux écologiques posés par une co-production internationale ? 

Le principal enjeu écologique dans une co-production internationale est de limiter les transports de personnes et de matériel (notamment les allers-retours liés aux repérages, à la préparation, au tournage et à la post-production), puisque, pour de telles distances, l’avion reste le moyen de transport le plus couramment utilisé. Un second enjeu majeur réside dans la continuité du plan d’action environnemental : chaque pays ayant ses spécificités (transports, hébergements, déchets, autorisations en milieux naturels, etc.), il est nécessaire de s’adapter à ces réalités locales, pour maintenir une démarche cohérente et efficace.

Comment a été définie la stratégie de Cinéfrance Studios et comment s’est-elle mise en place en collaboration avec la société de production japonaise ?

En tant que coordinateur d’éco-production, j’ai piloté la stratégie d’éco-production du projet, en collaboration avec les chefs de poste. J’étais en lien avec un assistant de production au Japon, chargé du suivi des mesures sur place. Plusieurs réunions ont eu lieu pour déterminer quelles actions d’éco-production pouvaient être communes et lesquelles devaient être spécifiques à chaque pays. Sur place, c’est la société de production japonaise qui avait la responsabilité de mettre en œuvre la stratégie d’éco-production.

Quels sont les leviers d’action à activer dans le cadre d’un tournage à l’étranger, ici au Japon, afin de s’assurer de l’éco-responsabilité de la production en cours ? 

La présence d’une personne en charge de l’éco-production rattachée à la production exécutive est un préalable indispensable : sans interlocuteur local, le suivi devient quasiment impossible. Avec mon homologue au Japon, nous avons travaillé à mutualiser au mieux les transports et à éviter les transports carbonés sur place. Nous avons également veillé à préférer des hébergements labellisés et proches des décors. Nos échanges ont permis d’introduire des actions concrètes pour la restauration lors des tournages au Japon : un repas 100 % végétarien par semaine, une option végétarienne systématique à chaque repas et la limitation de la viande rouge à un repas par semaine, comme pour les tournages en France.

Comment poursuivre les bonnes pratiques dans un cadre réglementaire différent de celui de la France ? 

Certaines actions peuvent et doivent être tentées, quel que soit le cadre réglementaire. Nous avons cependant conscience que pour l’équipe locale, certaines actions peuvent aller à l’encontre des habitudes de travail : nous restons donc à l’écoute et adaptons notre approche à ce qui est réellement envisageable. La majorité des interrogations que j’ai pu avoir avec mon interlocuteur portaient sur les séquences tournées en milieu naturel et sur les restrictions imposées par la réglementation locale. Dans ce contexte, nous avons demandé que certaines préconisations du Guide « Tournages en Milieux Naturels » d’Ecoprod soient mises en place, même si elles n’étaient pas obligatoires.

Quels ont été les principaux freins à la démarche d’éco-production de Yoroï ? 

Un des obstacles concernait la collecte des justificatifs, notamment les factures en japonais (à traduire pour un audit par AFNOR Certification dans le cadre du Label Ecoprod). Confier cette tâche à des tiers, sans présence ni suivi au quotidien, peut entraîner des oublis ou des inexactitudes. Enfin, chaque pays ayant ses habitudes de travail, sa réglementation et ses infrastructures, il est indispensable de prévoir un temps d’étude approfondi pour comprendre comment adapter efficacement l’éco-production à chaque contexte local.

Anticiper l’éco-production grâce à la lecture environnementale

Comment est-ce que la lecture environnementale du scénario de Yoroï, effectuée en amont du tournage, a permis de renforcer la stratégie d’éco-production déjà initiée ? 

La lecture environnementale du scénario a permis d’identifier les séquences à fort impact et de fonder les discussions avec les différents départements sur des éléments concrets. Des mesures concrètes ont ainsi pu être proposées pour réduire l’impact de certaines séquences aux départements concernés. Parallèlement, certaines séquences très impactantes ont été supprimées par les scénaristes. La lecture environnementale permet de montrer l’impact écologique potentiel de chaque séquence, d’écouter les intentions créatives et de proposer, le plus tôt possible, des alternatives. Elle constitue ainsi une base concrète de travail pour les échanges avec chaque département.