Focus : costumes et stylisme sur les tournages

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Retour sur le groupe de travail “éco-production en action” spécial Costumes organisé par Ecoprod et le collectif Les Toiles Vertes.

En France, les postes costumes, décors, coiffure et maquillage représentent 20% de l’impact carbone d’un tournage, selon les chiffres issus de l’outil Carbon’Clap, outil d’Ecoprod pour la mesure d’impact carbone des productions. Le département du costume est au carrefour de l’artisanat d’art et de l’industrie textile. Il a de ce fait des impacts environnementaux et socio-économiques (de la préparation à la fin du projet), liés à ceux générés par  la filière des TLC (Textile-Linge-Chaussures).

Les enjeux d’éco-production liés aux costumes

Le département costume se trouve aujourd’hui confronté à différents enjeux liés à la transition environnementale :

La RSE et le bien-être au travail

Les métiers du costume sont variés : créateur·rice de costumes, chef·fe costumier·ère, premier·ère assistant·e costume, chef·fe d’atelier, costumier·ère d’atelier, costumier·ère teinture/patine, habilleur·se, couturier·ère, assistant·e teinture/patine, régisseur·se costume, auxiliaire costume. La création de costumes est un travail d’équipe, qui demande une organisation précise où chacun des postes est nécessaire. Le département costume dépend aussi des autres départements et notamment de la réalisation, des décors et de l’image qui vont lui imposer des contraintes esthétiques.

Le manque de compréhension des métiers du costume (de leurs contraintes, de leurs missions et des temps incompressibles qu’ils impliquent) constitue un frein concret à la mise en œuvre de pratiques d’éco-production. Il se traduit notamment par des arbitrages budgétaires et calendaires défavorables (temps insuffisant pour le sourcing responsable, le réemploi ou l’anticipation), qui limitent les marges de manœuvre du département.Ce déficit de reconnaissance est renforcé par le fait que le département costumes, majoritairement féminin, reste sous-valorisé dans les processus de décision. Il en résulte des conditions de travail dégradées, caractérisées par une forte pression temporelle, des tensions organisationnelles et des risques accrus pour la santé mentale, incompatibles avec une démarche durable.

Ennoblissement – Patines – Teinture et déchets dangereux

Bien qu’elles dépendent du respect du code de l’environnement, de la sécurité et de la santé au travail, les pratiques liées à l’ennoblissement (étapes de finitions décoratives et techniques qui vont donner la valeur ajoutée de l’étoffe en modifiant son toucher, son aspect ou ses propriétés), la patine et la teinture ne sont malheureusement pas suffisamment prises en compte. En effet, les espaces de travail pour réaliser ces étapes manquent souvent d’équipement et d’aération.
De plus, les eaux usées liées à ces pratiques nécessitent d’être collectées par un prestataire spécialisé ou bien d’être mises en déchetterie. En aucun cas ils ne doivent être jetés dans les eaux usées ou dans les poubelles classiques.

Le sujet de la patine va être creusé par Film Paris Région avec l’association PACTT (métiers de la patine, de la teinture et de l’ennoblissement des costumes de cinéma, de l’audiovisuel et du spectacle Vivant) afin de trouver des solutions aux problématiques rencontrées.

L’importance de l’anticipation

Les équipes costumes travaillent dans l’urgence. Elles reçoivent les scénarios et les fiches de mensurations tardivement ce qui crée des difficultés pour organiser les essayages avec les acteurs·ices qui sont très peu disponibles. Centraliser les essayages pourrait par exemple permettre de renforcer la coordination entre les équipes costumes, les agents des acteur·ices et les productions, afin d’anticiper les disponibilités et de fluidifier l’organisation des rendez-vous. 

Une meilleure communication entre les départements pourrait permettre aux équipes d’anticiper afin d’éviter le “au cas où” et le gaspillage, de favoriser l’éco-production et de garantir le bien être au travail des équipes.

Le sourcing responsable versus la fast-fashion

La mode éco-responsable se caractérise par une éco-conception des textiles, bijoux et accessoires et par une production plus durable afin de réduire son impact environnemental. Elle vise à augmenter la durée de vie des textiles et accessoires et à limiter les déchets. Il existe plus de 60 labels dédiés aux textiles ; des labels environnementaux, des labels commerce équitable, des labels Territoire et savoir-faire, économie circulaire, toxicité/santé… qui certifient l’ambition portée par les marques en termes d’éco-conception, d’éthique, d’agriculture biologique, etc. Cela constitue une base pour assurer la qualité des vêtements et accessoires achetés et pour intégrer une réelle démarche vertueuse à la création. Aujourd’hui, les marques éco-responsables sont plus chères que la fast fashion mais elles sont globalement au même prix que les marques de prêt-à-porter milieu de gamme. Grâce à la qualité des tissus et à l’éco-conception, ces pièces sont plus résistantes dans le temps, favorisant leur réutilisation dans d’autres productions. L’un des freins soulevés à l’achat de mode éco-responsable est la méconnaissance des caractéristiques des marques existantes. En effet, elles ne sont pas forcément bien identifiées et moins accessibles en boutiques.

Bien que méconnus, des prestataires éco-responsables existent. Par exemple, l’agence de stylisme média, membre Ecoprod, TelevisionStyle a créé un référentiel sur le sourcing responsable qui peut être un outil clé pour guider les achats de costumes responsables. L’agence a également enclenché le bilan carbone de chacun des looks qu’elle propose ainsi qu’un bilan RSE qu’elle envoie aux chaînes TV avec qui elle travaille.

Au même titre que la fast fashion s’est engouffrée dans la société, elle s’est également imposée dans l’industrie du cinéma. Puisqu’elle est accessible, à des prix réduits et en un temps record, avec une grande diversité de produits et un réassort rapide, elle représente une solution simple et facile pour des professionnels qui manquent de temps et de budget. Pourtant, l’impact environnemental et social de la fast fashion est désastreux. En effet, les vêtements issus de la fast fashion sont essentiellement transportés par avion. Les textiles sont difficiles à recycler car les fibres utilisées sont mélangées entre elles et il n’existe aujourd’hui que très peu de filières capables de séparer les différentes matières.

Le studio comme centre d’éco-production des costumes

Les studios de tournage peuvent être un facilitateur à l’éco-production avec de nombreuses possibilités à imaginer en termes d’ergonomie notamment.

Les studios offrent la possibilité de regrouper dans un même lieu les espaces de travail et les espaces d’essayage. Cela permet de simplifier l’organisation pour les équipes et de réduire aussi l’impact carbone lié aux déplacements du département costume.

À l’échelle de l’infrastructure, le studio peut être conçu pour proposer des solutions concrètes d’éco-production. Par exemple, récupérer les eaux de pluie pour faire des lessives et ainsi réduire la consommation d’eau.

Fiche Circul’art : Concevoir des “costumes responsables”

À l’occasion de ce groupe de travail, Joanna Gallardo et Élise Grison de Film Paris Region et Mahémiti Deregnaucourt (Cheffe costumière et rédactrice de la fiche, vice-présidente de l’AFCCA et membre de son groupe écoresponsabilité et cofondatrice de HOOSS® éco-cover) ont présenté la nouvelle fiche Circul’art Concevoir des “costumes responsables”.

Cette 1ère fiche informative et formative est créée pour accompagner les équipes du costume, en lien avec d’autres départements, à structurer de nouvelles pratiques plus soutenables, à chaque étape de la conception des costumes, de la prise en main du projet, jusqu’à la valorisation.

Consulter la fiche pratique

Documents utiles de Emmanuel Cardona Gil (Cineklee) :