Replay – Captation sportive : comment la filière s’organise pour réduire son empreinte carbone

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Au Sport Définition 2026, Ecoprod a dévoilé son nouveau guide consacré à la captation audiovisuelle sportive écoresponsable. Aux côtés des représentants de beIN SPORTS FRANCE, CANAL+, AMP VISUAL TV et animé par Sport 1.5, la table ronde a mis en lumière une conviction partagée : la décarbonation des retransmissions sportives ne pourra se faire qu’à travers une coopération renforcée entre l’ensemble des acteurs de la filière.

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Le sport rassemble des millions de spectateurs. Mais derrière chaque retransmission se cache une production audiovisuelle particulièrement exigeante : car-régies, groupes électrogènes, centaines de kilomètres parcourus par les équipes techniques… autant de postes qui pèsent sur l’empreinte carbone des captations sportives.

C’est précisément pour accompagner cette transformation qu’Ecoprod a présenté son nouveau Guide de la captation sportive écoresponsable, fruit de plus d’un an de travail collectif avec des diffuseurs, prestataires techniques, fédérations, ligues et experts du secteur.

Repenser l’énergie électrique des retransmissions

L’un des principaux enseignements des travaux concerne l’utilisation des groupes électrogènes.

Marc Fouquet, directeur des productions sports chez AMP VISUAL TV, rappelle qu’une analyse carbone réalisée sur des captations sportives a permis d’identifier que bien souvent, ce n’est pas tant l’utilisation du groupe électrogène qui pèse le plus dans son bilan carbone, mais son transport.

Cette observation a conduit AMP VISUAL TV à expérimenter une nouvelle organisation consistant à laisser les groupes électrogènes de secours en permanence dans certains stades, plutôt que de les acheminer à chaque rencontre. Déployée progressivement depuis 2022 sur la Ligue 1, puis étendue au Top 14 et à la Pro D2, cette démarche permet d’éviter près de 18 500 kilomètres de transport par saison, soit environ 16 tonnes de CO2e économisées.

Au-delà de cette optimisation logistique, la profession cherche désormais à faire évoluer les usages. Aujourd’hui, dans la grande majorité des cas, les productions utilisent désormais le réseau électrique des stades comme source principale d’alimentation, le groupe électrogène n’intervenant qu’en secours.

« Nous avons inversé la logique », explique Marc Fouquet. « Là où nous faisions auparavant confiance au groupe électrogène, nous utilisons aujourd’hui le réseau dès lors que sa fiabilité est démontrée. »

Pour aller plus loin : découvrir les objectifs RSE d’AMP VISUAL TV

Des infrastructures sportives au cœur de la transition

Pour Christophe Schatz, directeur des productions sport de CANAL+, les évolutions des pratiques dépendent largement de la qualité des installations mises à disposition dans les enceintes sportives.

Les diffuseurs doivent garantir une continuité absolue du signal, une simple coupure électrique peut provoquer un « noir antenne », inacceptable pour des compétitions dont les droits audiovisuels représentent des investissements considérables.

Le défi consiste donc à sécuriser les infrastructures techniques dans les enceintes sportives.

Les prestataires restent dépendants des équipements présents dans les stades : alimentation électrique, points d’eau, gestion des déchets ou encore connectivité. Autant de sujets qui dépassent la seule responsabilité des équipes de production.

Le guide d’Ecoprod propose d’ailleurs des recommandations techniques précises pour permettre aux gestionnaires d’enceintes sportives d’anticiper ces besoins et de créer des conditions favorables à une production plus sobre.

La remote production, un levier déjà opérationnel

Autre axe majeur de réduction des émissions : la remote production.

Delphine Criscione, Director of Technology & Technical Operations chez beIN SPORTS France, rappelle le principe : seules les équipes indispensables restent sur le lieu de l’événement, tandis que la réalisation, le mixage audio, les ralentis, les habillages graphiques ou encore l’archivage sont réalisés depuis un centre de production distant.

Cette organisation réduit significativement les déplacements humains et matériels, qui constituent aujourd’hui l’un des principaux postes d’émissions des captations sportives.

Chez beIN SPORTS France, cette transformation est déjà bien engagée. Au cours de la dernière saison, le diffuseur a produit 153 matchs de Ligue 2 et 21 rencontres de handball selon ce modèle.

Au-delà des compétitions nationales, cette évolution touche désormais les grands événements internationaux. Delphine Criscione cite notamment la Coupe du monde de football actuellement organisée en Amérique du Nord, où certaines opérations techniques sont réalisées à distance afin de limiter les déplacements des équipes.

Christophe Schatz observe la même dynamique chez CANAL+, notamment sur les championnats du monde de Formule 1 et de MotoGP, où une partie importante de la réalisation est désormais opérée depuis les installations parisiennes du diffuseur.

Une transformation qui se heurte à plusieurs freins

Le frein économique.

Les carburants alternatifs, les productions à distance, les déplacements en train ou encore les nouvelles infrastructures représentent aujourd’hui des investissements supplémentaires dans un contexte où les modèles économiques des droits sportifs restent fragiles.

Le frein organisationnel.

Les cahiers des charges des compétitions sont souvent définis avant que les diffuseurs et les prestataires ne soient associés aux discussions. Résultat : certaines exigences techniques héritées d’anciens standards continuent d’être appliquées, sans toujours correspondre aux besoins réels des productions.

Il faut donc plaider donc pour une concertation beaucoup plus précoce entre ayants droit, diffuseurs, prestataires techniques et gestionnaires d’infrastructures.

Avec des pistes très concrètes : mieux coordonner les calendriers sportifs afin de mutualiser les moyens techniques ou encore harmoniser les équipements disponibles dans les stades pour les prestataires.

Le rôle des diffuseurs dans l’évolution des comportements

La transition ne concerne pas uniquement les coulisses des retransmissions.

Les diffuseurs disposent également d’un pouvoir d’influence auprès de millions de téléspectateurs.

Chez beIN SPORTS France, cela passe notamment par une vigilance accrue sur les images diffusées à l’antenne, afin d’éviter de banaliser certains comportements peu vertueux, mais aussi par la mise en avant d’initiatives environnementales portées par les clubs, les compétitions ou les fédérations.

Les journalistes, consultants et présentateurs sont eux aussi progressivement sensibilisés aux enjeux climatiques, notamment grâce à des dispositifs de formation comme la Fresque du Climat.

Le guide Ecoprod pour construire des standards communs

Au fil des échanges, un constat s’est imposé : la décarbonation de la captation sportive ne pourra reposer sur les seuls efforts des diffuseurs ou des prestataires.

Elle suppose la construction de standards communs, partagés par l’ensemble de l’écosystème.

Le nouveau guide d’Ecoprod constitue une première étape dans cette direction. Il rassemble des recommandations opérationnelles, des retours d’expérience et des outils permettant d’objectiver les impacts carbone des productions.

Pour les intervenants, cette démarche collective marque surtout le début d’une transformation de fond. Les expérimentations sont déjà nombreuses, les premiers résultats sont encourageants et les marges de progression restent importantes.

La transition environnementale de la captation audiovisuelle sportive est désormais engagée. L’objectif pour Ecoprod est que l’ensemble de la filière avance au même rythme.