Ce mardi 9 décembre 2025, l’Académie du Climat accueillait plus de 450 professionnels de l’audiovisuel pour la quatrième édition des Assises de l’éco-production, organisées par Ecoprod. Devenu un rendez-vous structurant pour le secteur audiovisuel, l’événement a offert un bilan de l’année, un partage d’expériences et une prise de mesure lucide sur la manière dont l’audiovisuel s’engage faceaux défis environnementaux. Une journée importante sur laquelle nous revenons ci-dessous, mais aussi en vidéo et en photo.
6 ateliers thématiques réservés aux membres Ecoprod



Crédit photo : Pascal Ribes
Atelier RSE : Lancement de l’Indice RSE d’Ecoprod
Lors de l’atelier « Structurer la démarche RSE d’une entreprise audiovisuelle », Ecoprod a présenté son nouvel outil : l’Indice RSE d’Ecoprod, un questionnaire d’auto-diagnostic RSE conçu spécifiquement pour les structures du secteur audiovisuel. Il répond à une demande forte des membres d’Ecoprod : disposer d’un outil capable de guider et évaluer la maturité RSE de leur structure. A terme, il pourrait donner lieu à une certification auditable.
L’Indice RSE couvre quatre axes : Gouvernance, Social, Environnement et Opérations. À l’issue du questionnaire, chaque structure obtient un Indice global (de E à A+), accompagné d’une synthèse détaillée : scores par axe, points forts et axes d’amélioration. Ces résultats permettent de définir des objectifs RSE à 6 mois et 1 an.
Fruit d’un travail de plus de 18 mois et d’une quinzaine de sessions de concertation, l’Indice a été co-construit avec près de 60 structures audiovisuelles et plusieurs partenaires experts (FICAM, Collectif 50/50, SNTPCT, SPI, USPA). Il a été pensé pour être accessible et pertinent pour le plus grand nombre de structures membres, quelle que soit sa taille ou son activité, et est disponible directement via l’Espace Membre du site d’Ecoprod. Chaque organisation peut ainsi réaliser son diagnostic, le mettre à jour dans le temps et suivre l’évolution de sa démarche RSE.
L’atelier a également donné la parole à quatre structures membres d’Ecoprod, venues partager leurs bonnes pratiques RSE, chacune en lien avec un axe de l’Indice RSE :
- Axe Gouvernance – Nathalie Tourret (Altour Production) a insisté sur l’importance d’une gouvernance RSE solide, même pour les petites structures : « Ce n’est pas parce qu’on est une petite structure qu’on ne peut pas viser des labels ambitieux, au contraire. » Elle a partagé des pistes sur le pilotage RSE et la sélection de prestataires responsables.
- Axe Social – Samya Boumghar (714 Production) a abordé deux aspects de l’axe Social : l’intégration et la valorisation des personnes en situation de handicap et la QVCT (qualité de vie et conditions de travail).
- Axe Environnement – Aneline Mennella (Altour Production) a donné des conseils pour se lancer dans la réalisation d’un BEGES (bilan des émissions de gaz à effet de serre) et dans une démarche de compensation carbone.
- Axe Opérations Production – Axel Diverrez (Federation Studios) a présenté l’intégration du Label Ecoprod comme outil de systématisation des démarches d’éco-production et l’inclusion des sujets RSE dans les contenus et récits (réduction des stéréotypes de genre, relecture de scénarios par des équipes formées à la RSE, dialogues liés au climat, etc.).
- Axe Opérations Post-Production – François Lescieux (Everest Studio)
François Lescieux a détaillé les pratiques de post-production responsable : construction éco-responsable des workflows et optimisation du cycle de vie des équipements techniques et informatiques.
L’atelier a montré que l’Indice RSE d’Ecoprod constitue un véritable levier pour faire progresser les démarches RSE dans le secteur audiovisuel. Les participant·es ont rappelé qu’une transformation durable repose sur une progression régulière, adaptée aux réalités du terrain et nourrie par le partage d’expériences.
Atelier Publicité
L’atelier « Faire de l’éco-conception un levier de performance pour vos campagnes, de la création à la diffusion » était organisé en partenariat avec DK, Nouvelle Escale et Publicis. L’objectif de l’atelier était d’observer une publicité et, à chaque étape de la chaîne de valeur, d’identifier les bonnes pratiques d’éco-conception pour concilier impact et performance. Il a permis aux participants de repartir avec des bonnes pratiques et l’envie d’éco-concevoir leurs futures campagnes. Voir l’Étiquette Pub et les Formations dédiées.
Atelier Animation
L’atelier « Animation éco-responsable : vers des standards européens » avait pour objectif de présenter le travail mené par Ecoprod, Green Film et CineRegio à travers l’initiative ANiMPACTvisant à créer un référentiel commun d’éco-production standardisé pour le secteur de l’animation. Organisé sous forme d’exercice collaboratif, il a réuni des participants invités à analyser, en groupe, la pertinence, l’applicabilité et l’auditabilité des critères développés par le consortium ANiMPACT (voir les 60 studios et structures européennes engagées).
Les échanges ont porté en particulier sur la nécessité de concevoir des critères à la fois simples, opérationnels et vérifiables, et qui puissent être adaptés à une diversité de contextes internationaux et applicables aussi bien aux studios qu’aux sociétés de production afin de garantir un cadre cohérent et crédible pour la profession. Les retours des participants ont mis en avant les points jugés essentiels, les critères nécessitant des ajustements et les conditions à réunir pour une mise en œuvre réaliste au sein du secteur.
Cet atelier a ainsi contribué à renforcer une compréhension collective des enjeux et à poser les bases d’un référentiel partagé pour l’animation, qui fera l’objet d’une phase de concertation sectorielle internationale ces prochains mois.
Atelier Déchets
L’atelier « Déchets : réduire et trier, réglementation et bonnes pratiques » a permis d’explorer les particularités du tri des déchets sur les tournages. Camille Longuet, du groupe Citeo (éco-organisme dédié à la réduction de l’impact environnemental des emballages et des papiers dans les secteurs de la grande consommation et de la distribution) a rappelé les obligations de tri propres aux productions audiovisuelles et a présenté les spécificités liées au contexte professionnel. De leur côté, Franck Binoche et Mehdi Kranc, de l’entreprise Fin 2 Déchets, spécialisée dans la gestion des déchets pour les productions audiovisuelles, ont partagé leurs expériences terrains et les problématiques de tri rencontrées. L’atelier a permis de créer des discussions et d’identifier les ressources nécessaires à construire pour aider les productions dans la gestion des déchets.
Atelier Énergie
L’atelier “énergie” a réuni 50 adhérents autour d’une question : comment décarboner l’approvisionnement électrique des tournages ?
La présentation de chiffres clé Ecoprod à rappelé que l’impact carbone du poste “énergie” est dominé par l’usage des groupes électrogènes diesel. Les participants ont également découvert les ordres de grandeur associés aux différentes sources d’énergie, ainsi que les nouvelles métriques liées aux batteries (kW, kWh, chimies LFP vs NMC) et leurs enjeux opérationnels.lien vers les ressources pour ces ordre de grandeurs?
L’AFR à annoncé un récent succès opérationnel mené en région Ile-de-France; désormais, une adresse de contact privilégiée et des délais de mise en place cohérents sont engagés par Enedis pour des branchements temporaires sur secteur.
Deux adhérents Ecoprod spécialisés en énergie, Revolt et Pawa, ont ensuite présenté des retours d’expérience concrets, illustrant les avantages des solutions telles que les générateurs sur batteries.
Répartis en sous-groupes, les participants ont travaillé sur des scénarios de tournage pour comparer les solutions selon différents critères : coût, faisabilité, logistique, disponibilité, impact environnemental. Ils ont ainsi pu identifier les priorités selon les cas d’usage.
La session s’est clôturée par une restitution collective, mettant en lumière un consensus : les solutions alternatives aux groupes diesel existent et leur mise en pratique doit s’appuyer sur une bonne préparation et une diffusion des nouvelles pratiques au sein des équipes.
Atelier “Réussir son éco-production”
L’atelier organisé en collaboration avec le CNC et Low Carbon Prod a réuni une centaine d’adhérents autour du sujet “ comment réussir son éco-production et obtenir la prime RSE+, le Label Ecoprod et la joie des équipes.” Alissa Aubenque, directrice des opérations et de l’international chez Ecoprod, a rappelé les principes fondamentaux de l’éco-production et les outils gratuits mis à disposition par Ecoprod tels que présentés sur la page “Par où commencer ?” en particulier le Label Ecoprod et la dotation Cofiloisirs. Elodie Raspail et Simon Mazurel, pour le CNC,ont ensuite présenté le dispositif de la prime RSE+, en rappelant les étapes à respecter par les productions souhaitant obtenir la prime de 28.000€ et en présentant certains critères de l’Afnor Spec 2308. Le témoignage d’Adèle Boyé de Low Carbon Prod et de Maya Soler a permis de montrer comment appliquer concrètement la méthodologie d’éco-production sur le terrain, en partageant les actions mises en place sur des tournages récents, des modèles de document pour répondre aux exigences du Label Ecoprod et de la prime RSE+ et des bonnes pratiques pour impliquer les équipes et fluidifier la préparation des audits.
Des prises de parole engageantes
Vers la reconnaissance d’un nouveau métier : la coordination d’éco-production
Ségolène Dupont (CPNEF-AV), Christophe Pauly (CPNEF-AV et CFDT) et Mathieu Thill, coordinateur d’éco-production, ont présenté une étape décisive pour la filière audiovisuelle : la création officielle d’une certification dédiée au métier de coordinateur.ice d’éco-production.
La CPNEF de l’audiovisuel a rappelé les résultats positifs des formations certifiantes déjà menées, avec 155 professionnel.les formé.es et 87 % de réussite aux évaluations finales. Après une série d’enquêtes, d’entretiens et de concertations avec les partenaires sociaux, la réponse est claire : la création d’une certification “métier” est non seulement pertinente, mais nécessaire.
Les travaux formels de reconnaissance sont attendus pour 2026, et les premières formations devraient ouvrir en 2027, avec des promotions opérationnelles dès juin 2027.
Pour Christophe Pauly, cette avancée est le fruit de plusieurs années de discussions dans le cadre des conventions collectives. “Définir un cahier des charges, un niveau de salaire, un périmètre d’intervention : tout cela prend du temps, mais la dynamique est lancée. L’objectif est d’intégrer ce nouveau métier dans les conventions collectives au plus vite”.
Mathieu Thill, quant à lui, a rappelé de façon poétique et humoristique le rôle essentiel des coordinateurs d’éco-production, du tri des mouchoirs à l’interdiction des jets privés. Son rôle est d’écouter, accompagner, débattre, proposer des solutions, créer du lien entre équipes et territoire, mais aussi souvent de porter les enjeux sociaux élargis, comme les conditions de travail ou la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
À travers l’association ACCEPTE, il souligne que ces professionnels·les endossent et coordonnent la responsabilité environnementale des productions. Et plus ils seront nombreux, insiste-t-il, plus l’impact sera fort : “Plus on est de fous, plus on trie”.“Vive la coordination d’éco-production”, concluent-ils, et les changements nécessaires qu’elle porte pour toute la filière.
Prise de parole de la Région Ile-de-France et de Film Paris Région
La première table ronde a été ouverte par Nathalie Bessis, Direction de la Culture de la Région Ile-de-France. Elle a rappelé l’engagement renforcé du fonds de soutien cinéma et audiovisuel de la région Ile-de-France en matière d’éco-production. Cet engagement s’est matérialisé notamment par la création d’un éco-bonus en 2017. Les arbitrages finaux sont encore attendus pour 2026, mais le fonds de soutien Cinéma et Audiovisuel représentait 15 millions d’euros en 2025. Pour la cinéma, en 2025 10 films (sur 40) ont bénéficié de l’éco-bonus.
Plusieurs œuvres ont déjà pu bénéficier de ce dispositif, dont certaines ont été récompensées par le Prix Ecoprod. Parmi elles, le film Niki, Jeunes Mères, Nino ou La Petite Dernière. Plus récemment, Love Me Tender a également obtenu l’éco-bonus, preuve de l’ancrage progressif de ces pratiques dans les projets artistiques.
Joanna Gallardo de Film Paris Region a ensuite présenté leur dernière ressource élaborée grâce au soutien du service Économie circulaire d’Île-de-France, de l’Ademe et d’Ecoprod. Ensemble, ils ont développé les fiches Circul’Art, issues d’un travail de R&D montrant qu’un tournage génère en moyenne 15 tonnes de déchets, et qu’un quart de l’impact carbone d’un film provient du décor.
Ces fiches, très visuelles et pédagogiques, proposent des solutions concrètes et pouvant intéresser tous les métiers du secteur. Elles sont disponibles en ligne sur les sites de Film Paris Region et d’Ecoprod, et même en version anglaise pour les productions internationales. Joanna Gallardo annonce également le lancement prochain des fiches dédiées aux costumes, prévues pour le Production Forum. Elle a salué le travail de Valérie Valero et Sabine Barthélemy, respectivement cheffes décoratrices et cheffe peintre impliquées dans la démarche.
Film Paris Région et la Région Île-de-France annoncent enfin, en partenariat avec ENEDIS, la mise en place d’un dispositif destiné à faciliter les raccordements électriques provisoires pour les tournages, dans un contexte où la généralisation progressive du branchement forain est désormais encouragée afin de limiter l’usage des groupes électrogènes. Si la procédure habituelle de demande de raccordement auprès d’un fournisseur d’énergie reste inchangée, ENEDIS ouvre désormais une adresse dédiée ([email protected]) permettant aux régisseurs de signaler leurs besoins en parallèle de la démarche officielle.

Table Ronde – Les success stories de l’éco-production
La table ronde Les success stories de l’éco-production modérée par Laurie Ravaux, Actrice et Podcasteuse – 507h, a rassemblé Anton Balekdjian (Réalisateur et Scripte Laurent dans le vent – Mention Spéciale Prix Ecoprod 2025), Mahémiti Deregnaucourt (Cheffe costumière et co-fondatrice HOOSS® Éco-cover), Charles Jaeger, (Coordinateur d’éco-production – Association ACCEPTE) et Delphine Tomson (Productrice – Les Films du Fleuve – Lauréat du Prix Ecoprod 2025).
Forts de leur expérience et de leurs réussites en éco-production, les intervenants de la première table ronde de la journée ont évoqué des pistes pour systématiser l’éco-production.
Cette table ronde a donc été l’occasion de rappeler que la généralisation des pratiques responsables dans le secteur audiovisuel ne peut passer que par une anticipation méthodique dès la conception des projets. Les intervenants ont souligné que l’éco-production reste trop souvent cantonnée à la phase de tournage, car les actions préparatoires sont invisibles. Une occasion pour Ecoprod de rappeler la publication de sa Fiche de Lecture Environnementale, outil clé pour identifier en amont les risques et intégrer l’éco-conception à chaque département.
« Par manque d’anticipation, il y a une surenchère des besoins. » – Mahémiti Deregnaucourt, Cheffe Costumière et co-fondatrice HOOSS® Éco-cover
Si l’anticipation demeure un important levier de progrès, elle doit s’accompagner d’une concertation structurée, d’un partage transparent des pratiques, d’un management sain et d’un effort massif de formations, pour que l’éco-production devienne un réflexe collectif plutôt qu’une dynamique encore inégalement intégrée.

Table Ronde – Backlash écologique : Maintenons les ambitions environnementales
La table ronde, Backlash écologique : Maintenons les ambitions environnementales de notre industrie modérée par Pierre-Alix Lloret (2tonnes), avec Fabrice Bonnifet (Président – C3D), Marie-Laure Daridan (Senior Director, Global Affairs, France & Italy – Netflix), Jeremy Mathieu (Head of sustainability – ITV), Leslie Thomas (Secrétaire générale – CNC) et Mélissa Saint-Fort (Directrice RSE – Groupe TF1) a interrogé l’existence d’un “backlash écologique” dans l’audiovisuel, dans un contexte où la dynamique nationale de transition semble s’essouffler depuis 2022.
Les intervenants ont partagé une vision volontariste : malgré un backlash perceptible au niveau politique, l’audiovisuel reste l’un des secteurs les plus mobilisés. Le combat pour l’écologie est complexe mais les leviers sont nombreux et enthousiasmants. À condition d’être à la fois pragmatiques, stratégiques et inspirants, la filière peut non seulement réduire son impact, mais aussi contribuer à transformer les imaginaires.
Pour Fabrice Bonnifet, “l’avenir passe par des modèles régénératifs” ; accompagner les entreprises vers des pratiques intégrant des puits de carbone, du réemploi et de la création de valeur sans destruction environnementale. Leslie Thomas a rappelé que “les financements publics jouent un rôle clé pour un secteur composé majoritairement de TPE/PME”. Aussi, le Plan Action! du CNC appuyé sur les bilans carbone, le référentiel AFNOR SPEC 2308 ainsi que la prime RSE+ fixent une trajectoire commune et soutiennent les efforts de transition. Marie-Laure Daridan a mis l’accent sur l’accompagnement des créateurs et l’objectif de permettre aux auteurs d’”aborder l’environnement sous des formes variées et non prescriptives, répondant à une réelle demande du public”.
Mélissa Saint-Fort a insisté sur la responsabilité pour un groupe comme TF1, d’être exemplaire tout en évitant à la fois le greenwashing (décalage entre le discours d’une entreprise et la réalité de ses actions environnementales) mais aussi le greenhushing (ne pas oser dire ce que l’on fait en matière environnementale). “L’enjeu est d’aider les productions à progresser de manière crédible et transparente”. Enfin, Jérémy Mathieu (ITV) a rappelé que la dynamique est internationale. Le Royaume-Uni, mobilisé autour de l’initiative Albert, équivalent d’Ecoprod Outre-Manche,, avance sur des objectifs ambitieux comme la suppression des groupes électrogènes d’ici 2030. Pour lui, “la coopération mondiale autour de standards communs devient incontournable”.

Intervention du Conseil d’Administration d’Ecoprod
Plusieurs membres du Conseil d’administration ont également pris la parole pour exposer les priorités qui guideront Ecoprod dans les prochaines années : consolidation du plaidoyer institutionnel, développement international des outils, mobilisation renforcée du secteur de la communication, structuration d’une animation plus durable notamment au niveau européen, et montée en puissance des actions de formation et de sensibilisation.
Ces interventions ont accompagné l’annonce des nouvelles vice-présidences :
- Relations institutionnelles, Claire Telle, Directrice de l’engagement chez Mediawan
- Relations internationales, Marine Schenfele, Directrice RSE de Canal + Europe et DG de la Fondation Canal +
- Communication, Caroline Darmon, Directrice RSE de Publicis France et Vice-Présidente
- Animation, Pierrot Jacquet, Head of studio de Bobby Pills
dont les mandats permettront d’accélérer ces chantiers. Les détails sur ces prises de fonction et leurs périmètres sont présentés dans cet article.
À leur côté, Tony Coco-Viloin a insisté sur les enjeux de biodiversité et le prise en compte des spécificités de la diversité des territoires.

Intervention d’Étienne Klein
La conférence du physicien et philosophe des sciences Étienne Klein, interrogé par Maxime Thuillez du Greenletter Club, a livré une réflexion sur notre rapport à la vérité, à la science et à l’incertitude. Comment expliquer que, malgré la rigueur des rapports du GIEC, près d’un tiers des Français demeurent sceptiques aux enjeux climatiques ?
Etienne Klein a exposé que notre époque ne se contente plus de manipuler le langage : “Aux États-Unis, on est allé plus loin : c’est la réalité elle-même qui est altérée. Chacun décide d’une réalité qui est la sienne.”, a expliqué le physicien. D’où une question vertigineuse qu’il a adressé à la salle : “que devient une société qui place la liberté au-dessus de la vérité ?”
Pour Etienne Klein, notre difficulté à accepter certaines vérités, notamment climatiques, repose sur un mécanisme simple : “Notre cerveau n’aime pas être contredit.”
Le numérique amplifie ce travers : les algorithmes nourrissent nos biais de confirmation, enfermant chacun dans un écosystème informationnel homogène où l’on ne rencontre presque plus la contradiction. Il a indiqué que le véritable esprit critique ne s’exerce pas contre les autres, mais contre soi-même. Face à l’incertitude, nous simplifions parfois jusqu’à la caricature les problèmes complexes.
Le rôle de l’ignorance dans le déni climatique
Interrogé sur le rôle de l’ignorance, Etienne Klein distingue l’ignorance légitime de tout citoyen (on ne peut pas connaitre tout sur tout), de l’ignorance assumée : “Si on nous demande notre avis sur un sujet dont on est incompétent, soit on se tait, soit on dit je ne sais pas, soit on travaille.” L’ignorance moderne est aussi alimentée par les plateformes numériques et dopée par les algorithmes.
Une autre problématique est que la physique du climat souffre d’être “contre-intuitive”, on ne peut pas se fier qu’au “bon sens” et à l’intuition pour faire face aux enjeux environnementaux. Nos perceptions quotidiennes semblent souvent démentir des phénomènes physiques pourtant établis. C’est par exemple comme les lois de la chute des corps, contraires à notre impression sensorielle. L’intuition, surtout quand elle se nourrit de narcissisme, devient un moteur du faux.
L’essor de l’IA
Questionné sur l’IA, Etienne Klein a commencé par un détour étymologique : en anglais, “intelligence” de Artificial Intelligence renvoie à la “cybernétique”, alors que l’intelligence humaine est d’une nature différente. ” L’IA ne comprend pas ce qu’elle produit, elle mime l’intelligence.“
La question n’est donc pas de savoir si les machines nous surpassent, mais ce que nous accepterons de déléguer : “Allons-nous démuscler notre cerveau, ou bien est-ce que l’IA va renforcer les domaines où l’humain reste irremplaçable ?”
Et l’audiovisuel dans tout ça ?
Pour Etienne Klein, il est aussi crucial de réduire le bruit médiatique : “Arrêtons les chaînes d’information continue, augmentons la transmission des connaissances plutôt que des opinions, car notre attention est précieuse.”
Étienne Klein a abordé le sujet de l’audiovisuel en soulignant la rareté des films mettant en scène les connaissances scientifiques. Le physicien y voit un chantier culturel encore largement inexploré. Dans un secteur mobilisé pour réduire son impact écologique, cette réflexion a résonné de manière particulière : comment raconter la science, la vérité, l’avenir, sans céder ni au catastrophisme, ni au simplisme ? La transition se joue probablement dans notre capacité collective à penser juste, à distinguer savoir et croyance, et à retrouver le goût de comprendre.

Table Ronde – Les nouveaux usages de l’IA et leurs impacts
La table ronde “Audiovisuel, cinéma, communication : les nouveaux usages de l’IA et leurs impacts” a réuni Chloé Vasseur (WPP), Éric Driutti (TF1), Jade Hautin (Frogbox et Creative Machine) et Auban Derreumaux (GreenIT). Les intervenants ont rappelé que si l’IA occupe largement l’actualité, son impact environnemental reste peu mesuré. Une étude d’Accenture indique que seules 14 % des entreprises disposent d’outils pour évaluer leur empreinte numérique.
Chez WPP, l’IA est devenue un levier de transformation créative et opérationnelle. Cette évolution implique de mesurer l’impact du numérique dans le périmètre des émissions indirectes. Chez TF1, l’IA est déjà intégrée dans de nombreux outils de postproduction. Éric Driutti souligne pourtant l’opacité des acteurs technologiques, qui rend la mesure complexe mais indispensable. TF1 organise sa démarche autour de quatre axes : sensibilisation, mesure, optimisation des systèmes et renoncement lorsque l’usage ne justifie pas l’impact.
Parallèlement, les limites actuelles des outils génératifs ont été soulignées, notamment la forte variabilité des résultats et la production massive d’images inutilisées. Le collectif Creative Machine étudie précisément ces enjeux sous un angle écologique et sociétal.
Auban Derreumaux a replacé la discussion dans la réalité matérielle du numérique. L’IA repose sur des serveurs denses, renouvelés rapidement, avec un impact important sur les ressources, l’eau et les déchets électroniques. Selon des projections du Shift Project, l’impact environnemental de l’IA pourrait être multiplié par sept d’ici 2030. Trente pour cent des impacts sont liés aux émissions de gaz à effet de serre. Les intervenants convergent sur un point : intégrer l’IA nécessite d’interroger le besoin réel, la valeur créative, et les conséquences environnementales. L’intégration de ces usages dans les outils de mesure carbone reste en construction. La modération a assuré un cadre clair et rigoureux, permettant un débat dense sur un sujet encore émergent dans les pratiques audiovisuelles.
