Organisé chaque année par le Ministère de la Culture à l’École Supérieure Nationale d’Architecture Paris-Belleville, le Forum Entreprendre dans la Culture rassemble des entrepreneurs, des artistes, des auteurs, des créateurs, des techniciens, des étudiants, des associations et des experts qui partagent des moments d’échanges en faveur de la culture.
Ecoprod organisait cette année deux tables rondes sur le sujet de la transition environnementale du secteur audiovisuel, cinéma et publicitaire.
La première table ronde intitulé « Cinéma et transition écologique : rencontres avec les lauréats du Prix Ecoprod 2026 » a réuni Jules Grange, producteur (Kidam) pour Notre Salut d’Emmanuel Marre, mention spéciale du Prix Ecoprod 2026 et Prix du Scénario au Festival de Cannes 2026 ; Charles Jaeger, coordinateur d’éco-production (Cinéfrance Studios) pour Soudain de Ryusuke Hamaguchi, Prix Ecoprod 2026 et Prix d’interprétation féminine ex æquo au Festival de Cannes pour Virginie Efira et Tao Okamoto ; ainsi que Laurence Allard, maîtresse de conférences à la Sorbonne Nouvelle – IRCAV et co-autrice de l’ouvrage “Les démarches d’éco-production dans le secteur cinématographique et audiovisuel” chez Peter Lang et modéré par Hugo Beauvieux, chef de projet Label & RSE, Ecoprod.
Remis au Festival de Cannes depuis 5 ans, le Prix Ecoprod met en lumière les équipes, artistes, productions, techniciens, qui s’engagent dans la transition écologique en mettant en place une démarche pour diminuer l’impact environnemental de leur film. Les lauréats du Prix Ecoprod sont revenus sur les différentes stratégies et actions mises en place lors de la prépa, du tournage et la post-production pour réduire l’impact environnemental du projet et s’inscrire dans une démarche d’éco-production ambitieuse.
Soudain, est une co-production internationale entre le France et le Japon. La production a réussi à anticiper les déplacements internationaux dès la préparation ce qui a permis de réduire considérablement le nombre de voyages aller-retour entre France et Japon et ainsi l’impact lié. En concentrant les lieux de tournage, la production a également réussi à limiter les déplacements des équipes. Aussi, un important travail a été fait sur le décor pour limiter au maximum les déchets et inscrire le projet dans une démarche d’économie circulaire.
Soudain a par ailleurs obtenu le Label Ecoprod 2 étoiles, qui certifie la démarche éco-responsable mise en place.
Notre Salut est un film d’époque avec un budget réduit. Le scénario du film a été passé en revue avec la fiche de lecture environnementale Ecoprod pour anticiper l’éco-production dès l’écriture. La production a également effectué un bilan carbone prévisionnel en amont pour identifier les postes à fort impact (post-production, décors, achats) et la démarche d’éco-production a été intégrée de manière transversale dans chaque département. Le réalisateur Emmanuel Marre réalise toujours ses films dans une logique de sobriété ce qui a contribué au succès de la démarche éco-responsable. La société de production Kidam va plus loin dans la démarche en pensant à l’impact de la diffusion et de la promotion du film.
Les démarches d’éco-production dans le secteur cinématographique et audiovisuel connaissent une structuration croissante, marquée notamment par la création du métier de coordinateur·trice d’éco-production, devenu un poste clé de la mise en œuvre des pratiques éco-responsables sur les tournages. Laurence Allard (co-autrice de l’ouvrage “Les démarches d’éco-production dans le secteur cinématographique et audiovisuel”) a également souligné la place importante des femmes à ce poste, où elles sont particulièrement représentées et contribuent activement à faire évoluer les pratiques professionnelles. Elle insiste par ailleurs sur le fait que l’éco-production ne constitue pas un surcoût lorsqu’elle est intégrée dès la phase de préparation des projets : une meilleure anticipation permet au contraire d’optimiser les ressources et de limiter les dépenses inutiles. Enfin, l’éco-production s’inscrit dans un processus d’institutionnalisation et de généralisation, porté par les politiques publiques, les organismes de financement et les acteurs de la filière, qui en font progressivement une norme de la production cinématographique et audiovisuelle.
Une deuxième table ronde organisée par Film Paris Region en partenariat avec Ecoprod abordait la thématique de l’”Économie circulaire dans le cinéma et le spectacle vivant : réduire, réutiliser, recycler.”
Comment repenser la création pour réduire l’empreinte écologique, tout en intégrant la réutilisation, le recyclage et la mutualisation des ressources ? C’est un sujet auquel s’intéresse Film Paris Région dans la filière image depuis 2017 avec le projet Circul’Art mené en partenariat avec Ecoprod et l’ADEME. Le projet Circul’Art a permis de créer 7 fiches pratiques pour accompagner les professionnels dans la réduction de leur impact environnemental, tout en valorisant les savoir-faire du secteur.
La création des décors et des costumes mobilise de nombreuses ressources et génère quantité de déchets. En France, les postes costumes, décors, coiffure et maquillage représentent 20% de l’impact carbone de la production d’une oeuvre, selon les chiffres issus de l’outil Carbon’Clap, outil d’Ecoprod pour la mesure d’impact carbone des productions.
Les intervenantes ont partagé leurs retours d’expérience en mettant en lumière les évolutions de leurs métiers face aux enjeux environnementaux.
Michèle Pezzin, cheffe costumière, a expliqué comment elle fait évoluer progressivement ses pratiques par conviction. Bien que le département costumes produise moins de déchets que celui de la déco, il doit revoir ses pratiques. La location est depuis longtemps une évidence pour les costumes d’époque mais pour les costumes contemporains, elle est moins fréquente car l’offre n’est pas autant développée. En revanche, il existe de plus en plus de solutions pour acheter en seconde main plutôt que neuf. Aussi, après un tournage les stocks de vêtements peuvent être conservés par les sociétés de production ou bien donnés ce qui assure une seconde vie aux vêtements.
Valérie Valéro, cheffe décoratrice pour le cinéma et le spectacle vivant, a présenté de manière très concrète les pratiques et outils innovants qui transforment son métier, afin de concevoir et fabriquer des décors plus sobres en ressources et adaptés aux enjeux de réduction de la consommation. Elle a notamment pris l’exemple du Design Inversé mis en place sur le Film Maria de Jessica Palud (Prix Ecoprod 2025) pour expliquer sa manière de travailler. Avec ses équipes, elle expérimente de nouvelles techniques plus durables.
Sylvie Bétard, déléguée générale et cofondatrice du collectif Les Augures a apporté un regard transversal entre le monde du cinéma et celui du spectacle vivant.
Depuis 2020, le collectif accompagne les acteurs du monde culturel dans leur transition écologique, leur capacité d’adaptation et d’innovation. Il propose entre autres, des outils concrets pour agir comme l’Écothèque qui rassemble des acteur·rices, projets, matériaux et techniques regroupé·es par zone géographique pour favoriser les démarches locales.
Alissa Aubenque, directrice des opérations et de l’international chez Ecoprod, qui modérait cette table ronde, a conclu que de nombreux outils et formations existent pour aider les professionnel·les à faire évoluer leur pratique. Maintenant, il ne reste plus qu’à les actionner pour poursuivre la transition environnementale du secteur.
