Ce vendredi 15 mai, à l’occasion du Festival de Cannes, a été remis le Prix Ecoprod. Depuis 5 ans, le Prix Ecoprod met en lumière les équipes, artistes, productions, techniciens, qui s’engagent dans la transition écologique et limitent l’impact environnemental de leur film. Au regard de l’ambition des candidatures, le jury a choisi de remettre deux distinctions. La cérémonie a eu lieu sur le voilier de WWF France, le Blue Panda, partenaire de la 5e édition du Prix.
Jean-Philippe Lefevre (Directeur de l’engagement WWF France) : En tant que partenaire, WWF France est fier d’être associé à cette démarche parce qu’elle ne célèbre pas ce qu’on voit à l’écran, mais ce qui se passe en coulisses : les choix concrets, les renoncements parfois, les innovations souvent. Nous sommes convaincus que la transition écologique se joue aussi là, dans les plateaux et les tournages. L’industrie audiovisuelle a une empreinte réelle sur le monde et le pouvoir unique de façonner les imaginaires. Quand elle choisit de réduire la première pour mieux nourrir le second, c’est un geste qui compte.
Le jury a choisi de mettre deux films à l’honneur
Le jury a attribué le Prix Ecoprod à :
- Soudain réalisé par Ryūsuke Hamaguchi et produit par Cinéfrance Studios, Office Shirous et Bitters End, Heimat Films, Tarantula, Arte France, Same Player présenté en compétition officielle
Une mention spéciale a été attribué à :
- Notre Salut réalisé par Emmanuel Marre et produit par Kidam, Michigan Films, Condor Distribution, Les Films Pelléas, Unité, Les Films de Pierre, The Ink Connection, France 2 Cinéma, Orange Proximus, BeTV, RTBF présenté en compétition officielle
Présidé par Aure Atika (actrice et écrivaine), et composé de Vincent Munier (photographe et cinéaste), Philip Boeffard (producteur et co-fondateur de Nord-Ouest Films), Mamadou Dembele (fondateur du média digital et positif Impact Story), Gwladys Bouillon-Pacheco (coordinatrice d’éco-production et co-présidente de l’association ACCEPTE), Clémentine Buren (productrice), Jean-Philippe Lefevre (Directeur de l’engagement WWF France) et Muriel Signouret (directrice RSE du Groupe SNCF), le jury a récompensé deux longs-métrages qui se sont distingués par l’ambition de leur démarche d’éco-production.
Aure Atika : Ce qui m’a frappée dans les films les plus engagés écologiquement, c’est qu’on sent aussi une autre qualité humaine sur le plateau. Comme si la conscience écologique réveillait aussi le sens du collectif. L’éco-production, c’est repenser une manière de fabriquer du cinéma sans perdre le désir, la liberté ni l’ambition artistique. Un tournage c’est déjà une petite société. Quand il devient plus responsable, il devient aussi souvent plus élégant humainement.
Philip Boeffard (producteur et co-fondateur de Nord-Ouest Films) : C’est passionnant de se pencher sur ces dossiers et de voir l’étendue du travail effectué, cela dénote d’une volonté active et positive. Chaque film a une typologie de production qui détermine les contraintes et paramètres de son approche écologique. C’est enthousiasmant, car il ne s’agit pas simplement d’appliquer des règles, mais de construire une véritable réflexion et une stratégie, capables de renforcer l’efficacité et de rendre le message plus percutant.
Gwladys Bouillin-Pacheco (coordinatrice d’éco-production) : En tant que co-présidente de l’ACCEPTE, l’association professionnelle des métiers de l’éco-production, nous nous réjouissons de voir la diversité des projets qui s’emparent aujourd’hui des enjeux environnementaux, alliée à la grande qualité des dossiers présentés. L’écologie n’est plus un sujet périphérique ou de passage : elle s’inscrit durablement au cœur des réflexions et des pratiques de création et de production, au-delà de tout genre et de tout budget.
Le Prix Ecoprod joue à ce titre un rôle essentiel, en valorisant des œuvres qui démontrent qu’il est possible de conjuguer l’exigence artistique portée par la sélection cannoise avec une véritable ambition environnementale.
Prix Ecoprod : Soudain
SOUDAIN de Ryūsuke Hamaguchi, l’humanité au coeur de la démarche
Le jury a remis le prix Ecoprod au film SOUDAIN réalisé par Ryūsuke Hamaguchi, sélectionné en Compétition Officielle. Le jury a souhaité saluer le travail réalisé par l’intégralité de l’équipe du film pour relever le défi de l’éco-production dans le cadre d’une coproduction internationale.
Aure Atika : Ce prix récompense avant tout le côté humain de la production : l’implication du réalisateur, des techniciens et des partenaires, tous unis pour porter cette vision. L’équipe a porté une attention particulière au soin et au respect des humains, du vivant et de l’environnement, dans une démarche cohérente entre l’histoire portée à l’écran et la production du film.
Pour mener la démarche d’éco-production, les producteurs ont recruté un coordinateur d’éco-production dès la pré-préparation. Son travail, bien en amont du tournage avec notamment la lecture environnementale, a permis d’anticiper les impacts environnementaux probables. Sa présence régulière tout au long de la préparation, puis en tournage et en post-production, a permis une concertation efficace avec les chefs de poste de tous les départements et avec les équipes.
Muriel Signouret (directrice RSE du Groupe SNCF) : En anticipant les impacts écologiques dès la prépa et en construisant une démarche structurée et transverse, l’équipe de SOUDAIN a réussi à réduire de 35% ses émissions carbone. Ce tournage montre que produire autrement est possible, même sur des projets d’envergure internationale. Les outils et processus mis en place ici peuvent inspirer toute l’industrie : c’est une vraie anticipation des enjeux de demain.
En France comme au Japon, les lieux de décors ont été centralisés dans un périmètre limité afin de réduire les déplacements et les besoins en véhicules et de rendre possible leur accessibilité en mobilité douce. L’équipe déco s’est montrée très créative en travaillant sur l’éco-conception des décors afin qu’ils s’adaptent aux intentions transmises par le réalisateur et en garantissant un faible impact de création et leur réemploi sur de futures productions. Certains éléments de décoration sont restés, ainsi la pergola construite pour le film bénéficie encore aujourd’hui aux résidents de l’EHPAD. Pour l’ameublement et les accessoires, 61% des achats ont été effectués en seconde main, avec également une majorité de locations pour les éléments de décoration et de costumes.
Durant la préparation, Ryūsuke Hamaguchi a exigé pour tous les chefs de poste et les interprètes une formation de 3 jours à l’humanitude (méthode de soins visant à accompagner les personnes dépendantes dans le respect de leur dignité. Elle met l’accent sur le développement d’une relation empathique et bienveillante entre l’aidant et la personne aidée).
Le jury a souligné la cohérence du projet entre la démarche d’éco-production et la prise en compte du vivant et de la biodiversité.
“Soudain” a également obtenu deux étoiles au Label Ecoprod validé par l’ADEME et audité par Afnor Certification.
Synopsis : Directrice d’un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d’y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l’écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.
Mention spéciale : Notre Salut
NOTRE SALUT de Emmanuel Marre, un film d’époque qui transforme les contraintes en atout
Le jury a remis une mention spéciale au film NOTRE SALUT réalisé par Emmanuel Marre, produit par Kidam et Michigan Films et sélectionné en Compétition Officielle du festival de Cannes.
Swann Arlaud : Nous avons fabriqué ce film en petite équipe, de façon non pyramidale, dans l’énergie, la joie et le partage. Le choix d’Emmanuel Marre était de rester léger (en matériel, au sein de l’équipe, en déplacement), de travailler en lumière naturelle et de faire les choses le plus simplement possible. Par souci de véracité, de sobriété. Parce qu’il cherche une matière documentaire, au plus près du réel, et que la liberté se trouve souvent dans l’économie de moyens. À aucun moment nous n’avons ressenti ça comme une contrainte, au contraire.
Pour le tournage de ce film d’époque (années 1940), il a été décidé de ne pas créer de décors imposants pour les reconstitutions, afin de ne pas fabriquer de grandes structures qui nécessitent une grande quantité de matières premières.
Pour cela, un gros travail de repérage dans des lieux historiques a été effectué. La production a réutilisé au maximum des décors naturels, en ajoutant des accessoires d’époque. La mise en scène à été adaptée à cette contrainte en choisissant de privilégier les plans resserrés pour ne pas à avoir à déployer trop de décors environnant (notamment les voitures dans les rues) quand cela était possible.
Dès le début du projet, l’ambition était d’être le plus sobre possible. La production a limité le déploiement de matériel technique souvent très lourd et coûteux en énergie. Cette économie de moyens est devenue une source de créativité. L’équipe a su en faire un atout narratif et visuel.
La postproduction, identifiée comme un poste majeur d’émissions (près de 40 % du total), a fait l’objet d’une attention particulière : limitation des déplacements grâce au travail à distance, optimisation du stockage et des flux de données, et rationalisation des ressources techniques.
Clémentine Buren (productrice) : De la contrainte naît la créativité : Notre Salut prouve qu’un film d’époque sobre peut être une leçon d’éco-production!
Les équipes ont toutes été mobilisées à tous les niveaux. On peut aussi souligner l’exclusion de toute viande rouge pour réduire l’impact carbone lié à l’alimentation. La production a choisi un prestataire engagé privilégiant des produits locaux, de saison et majoritairement végétariens.
Synopsis : Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
