Retour sur un groupe de travail enrichissant organisé par Ecoprod et le collectif Les Toiles Vertes
Ecoprod a rencontré Benoît Magne et Steve Berron pour en apprendre plus sur les déchets générés par les productions audiovisuelles, mais aussi sur leur traitement et leur valorisation !
Benoît Magne a fondé Fin de déchets en 2020. Fort de cette expérience, il intervient désormais comme formateur sur les enjeux liés au traitement des déchets.
Steve Berron a fondé Waste Care avec Etienne Olchewsky et Jules Brel en 2024 dans le Sud de la France. Ils ont déjà accompagné de nombreuses productions audiovisuelles, cinématographiques et publicitaires, dont plusieurs labellisées Ecoprod.
La gestion des déchets : une pratique légalement encadrée
Comme n’importe quelle entreprise, les sociétés de production doivent mettre en place le tri des déchets, établir leur suivi dans un registre et s’assurer qu’ils seront valorisés. Le décret dit “5 Flux” réglemente le tri des déchets que sont le papier et carton, métal, plastique, verre et bois.

Le tri 5 flux s’étend aux déchets de fraction minérale et déchets de plâtre depuis 2021 – Décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021.
Les biodéchets s’ajoutent à cette liste en 2024. Sans obligation de tonnage, cette obligation concerne entreprises et particuliers.
Enfin, depuis le 1er janvier 2025, les textiles professionnels complètent ce dispositif, portant à 9 le nombre de flux de déchets à trier et valoriser. Si tous les prestataires ne proposent pas encore de solutions pour ce type de flux, il existe de nombreux acteurs tels que Le Relais.

Les entreprises qui génèrent plus de 1 100 litres de déchets par semaine (soit environ deux gros bacs à 4 roues) doivent faire collecter leurs déchets par un prestataire spécialisé.
L’obligation porte également sur la preuve (factures ou contrats) de cette valorisation, que la production ait recours à un prestataire privé, type Wastecare ou Fin de déchets, ou aux services municipaux pour le traitement de ses déchets.
Les déchets dangereux : un traitement soumis à des obligations spécifiques
Les déchets dangereux sur les tournages concernent en premier lieu les équipes décoration : pots de peintures, aérosols, soude, bases, etc. Une peinture fabriquée avec des composantes moins nocives et qui aurait au label écologique reste un déchet dangereux – référez-vous au picogramme présent sur l’emballage, qui indique sa voie de traitement.

Il est alors obligatoire d’avoir recours à un prestataire collecteur de déchets dangereux qui fournira les bacs adéquats et est habilité à les transporter. La société de production doit compléter un Bordereau de Suivi de Déchets Dangereux (BSDD) numérique sur la plateforme Trackdéchets, et s’identifier avec son numéro de Siret. Si celle-ci produit plusieurs films par an, elle devra veiller à bien identifier les projets lors de ses déclarations sur la plateforme.
Un bordereau de Suivi des Déchets Dangereux (BSDD) doit être rempli et signé par tous les acteurs de la gestion de ces déchets : l’émetteur, le collecteur, le transporteur puis par les installations de stockage et de traitement afin de garantir la traçabilité de chaque étape du traitement des déchets. Le BSDD est obligatoire.
Les déchets dangereux sont stockés pour éviter les impacts néfastes sur l’environnement et la santé, ou bien incinérés de manière spécifique. Deux voies donc, qui dans tous les cas demandent un transport particulier et surtout des contenants et stockages particuliers.
Si la gestion des déchets de type pots de peinture est directement confiée à l’équipe Régie, il faut s’assurer que ces pots soient déposés dans les bacs dédiés aux déchets dangereux et non dans le tout venant (DIB) afin qu’ils ne soient pas ensevelis ou incinérés et éviter la pollution que cela génèrerait. La solution la plus recommandée reste de faire appel à un prestataire spécialisé, qui saura valoriser ces déchets de manière optimale et conforme à la législation.
Les gélatines, utilisées par les électriciens, sont composées de 2 polymères de plastique – dont du polycarbonate, assez dangereux – et ne sont pas recyclables. Elles sont à jeter dans la catégorie DIB / Déchet Industriel Banal (poubelle grise) et sont vouées à être incinérées.
Comment inciter les équipes à respecter les consignes de tri ?
Le tri se généralise sur les tournages : parmi les productions labellisées, 82% ont validé les critères du Label Ecoprod liés aux déchets*. On constate pourtant encore des erreurs dans le tri, quelles que soient les méthodes d’organisation sur les plateaux.
Les consignes de tri ne sont pas les mêmes chez soi ou sur les plateaux, ce qui peut être déroutant. Les mairies ont fait le choix de limiter les consignes de tri et de re-trier les déchets dans des centres de tri, ce que l’évolution des techniques de tri automatisées permet. Un prestataire privé qui travaille avec du personnel humain aura parfois besoin d’indiquer des consignes de tri moins globales, augmentant ainsi le nombre de bacs de tri. Par la suite, tous les déchets, qu’ils soient pris en charge par les municipalités ou par des prestataires privés, sont envoyés dans les mêmes filières de traitement par catégorie de déchets.
La production gagnera à communiquer sur les bienfaits et réussites du recyclage et du réemploi : la valorisation est importante pour éduquer les équipes : « 670 canettes pour fabriquer un vélo » ce genre d’imagerie motive plus qu’un symbole de tri : on s’adresse à l’individu, son intelligence, ses convictions, on ne demande pas une obéissance à une injonction. Le guide du tri Citeo est riche en ressources sur cette thématique et propose ce type d’équivalences.
*Rapport Carbon’Clap et Label Ecoprod 2024, Ecoprod, graphique p.20
Les limites du calcul carbone pour les déchets
Les calculateurs carbone se concentrent sur les émissions de GES liés à la gestion des déchets (transport, énergie pour les usines), comptabilisés sans prendre en compte d’autres formes de pollution (eau, sol, air). Le traitement des déchets, en soi, n’a pas un grand impact sur la réduction de l’empreinte carbone ; un film avec un gros volume et un très bon taux de recyclage ne pourra réduire son empreinte que de 2 tonnes de CO2 au maximum.
Le Label Ecoprod complète cette approche en y ajoutant une dimension qualitative qui permet de valoriser les actions de réduction et de réemploi des déchets, ce qui a un impact significatif sur la réduction de l’empreinte carbone.
On peut conclure sur ce point avec les mots de Benoît Magne : “Dans la notion d’éco-responsabilité, la gestion des déchets relève davantage de l’aspect « responsable » que de l’aspect purement écologique”.
