Festival de Cannes : Jeunes Mères, Laurent dans le vent, Amour Apocalypse, lauréats du Prix Ecoprod 2025

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Ce vendredi 16 mai, le Prix Ecoprod a été remis pour la quatrième fois lors du Festival de Cannes. Créé par l’association Ecoprod en 2022, ce prix récompense les longs-métrages produits de la manière la plus éco-responsable possible. Au regard de la qualité des candidatures, le jury a choisi de remettre trois distinctions. La cérémonie a eu lieu sur le stand de Film France/CNC en partenariat avec Film Paris Région et la Région Sud. 

Sur les 18 films en compétition, soit deux fois plus qu’en 2024, le jury a fait le choix d’en mettre 3 à l’honneur.  

Le jury a attribué le Prix Ecoprod à : 

  • Jeunes Mères réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne et produit par Les Films du Fleuve en compétition officielle

Le Prix du Jury a été attribué à : 

  • Laurent dans le vent réalisé par Anton Balekdjian, Léo Couture, Mattéo Eustachon et produit par Mabel Films sélectionné à l’ACID

Le jury a, en outre, souhaité décerner une mention spéciale au film :

  • Amour Apocalypse réalisé par Anne Émond et produit par Métafilms productions sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes

Le jury, présidé par Carine Tardieu (scénariste et réalisatrice), avec Maurice Barthélemy (réalisateur, scénariste, acteur et auteur), Adélaïde Charlier (activiste pour la justice climatique), Émilie Kovacs (rédactrice en chef de The Good), Mathieu Thill (coordinateur d’éco-production) et Géraldine Toitot (administratrice de production et impact manager chez Cinéfrance Studios) a salué le nombre important de films sélectionnés et l’ambition des démarches d’éco-production présentées. 

Adélaïde Charlier : “J’ai été très impressionnée par le travail qui a été fait par toutes les productions qui ont postulé au Prix Ecoprod mais j’ai été interpellé par le fait que les productions candidates étaient plutôt des petites productions. J’interpelle les plus grands films à aussi faire partie de l’histoire du respect pour l’environnement, car même si ce challenge est énorme, il est essentiel et il devra être fait et ce serait un message profond et énorme de voir toutes les productions s’engager. Tous les films de Cannes devraient se battre pour avoir le Prix Ecoprod !”

“L’ampleur de la responsabilité du cinéma face à l’urgence écologique est immense ! Ce secteur, par sa puissance narrative et son empreinte réelle, peut accélérer la transition — à condition de s’engager concrètement, à tous les niveaux de la production.” – Émilie Kovacs, membre du jury Ecoprod 2025


PRIX ECOPROD : JEUNES MÈRES

JEUNES MÈRES des frères Dardenne, des réalisateurs engagés

Le jury a remis le prix Ecoprod au film JEUNES MÈRES réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne, sélectionné en Compétition Officielle. Le jury a souhaité saluer l’engagement très fort de la société de production Les films du Fleuve, qui a instauré une politique structurelle et transverse d’éco-production depuis plusieurs années et qui d’ailleurs avait un autre film en lice pour le Prix Ecoprod.

Ce prix vient également saluer l’engagement historique des frères Dardenne et souligner la place des réalisateurs et réalisatrices dans la transition écologique du secteur. 

Carine Tardieu : “Nous récompensons ce film-là, sur ce dossier-là mais c’est tout leur cinéma, toute leur manière de fabriquer des films depuis leurs débuts que nous récompensons. J’espère que si les frères Dardenne reçoivent un prix lors de la cérémonie du Festival de Cannes, ils évoqueront ce prix Ecoprod aussi et qu’ils inciteront les autres réalisateurs à faire autant d’efforts qu’eux.” 

Toute l’équipe de “Jeunes Mères” a été mobilisée dans la démarche d’éco-production, permettant de mettre en place des actions ambitieuses dans tous les départements dès la prépa. Une attention particulière a été portée à l’organisation du plan de tournage : le tournage a été majoritairement réalisé dans un même décor et les séquences, dans la mesure du possible, ont été regroupées. Cela a permis de limiter les déplacements du matériel technique grâce à un système de gardiennage, de réduire la consommation d’énergie liée à l’installation de l’équipement, ainsi que de simplifier la logistique générale de la production. La production a également veillé à s’entourer de prestataires responsables, notamment pour la cantine qui a proposé tout au long du tournage deux plats végétariens par semaine avec des produits de saison et bio. 

Pour les décors, les besoins en construction ont été minimisés. En utilisant une véritable maison maternelle comme lieu de tournage, il n’a pas été nécessaire de construire des décors artificiels, ce qui a permis de limiter l’utilisation de matériaux et les déchets et a également réduit les coûts. Le chef décorateur, ayant une pratique avancée du réemploi, a l’habitude d’utiliser les éléments de décor d’une production à une autre. En ce qui concerne les accessoires, notamment ceux de puériculture et les meubles pour enfants, ils ont été donnés à la Maison Maternelle et à la crèche en fin de tournage.

Les choix artistiques des Frères Dardenne sont en phase avec une logique d’éco-production ; notamment le souhait de réduire au maximum l’usage d’éclairage artificiel qui s’inscrit dans une esthétique sobre et réaliste. 

“Jeunes Mères” a également obtenu deux étoiles au Label Ecoprod reconnu par l’ADEME et audité par Afnor Certification. 

Synopsis : Jessica, Perla, Julie, Ariane et Naïma sont hébergées dans une maison maternelle qui les aide dans leur vie de jeune mère. Cinq adolescentes qui ont l’espoir de parvenir à une vie meilleure pour elles-mêmes et pour leur enfant.

PRIX DU JURY : LAURENT DANS LE VENT

LAURENT DANS LE VENT de Anton Balekdjian, Léo Couture, Mattéo Eustachon, l’écologie au service de la liberté

Le jury a été sensible à la cohérence globale de la démarche d’éco-production du film LAURENT DANS LE VENT. Les trois réalisateurs, dont le film est présenté à l’ACID, désiraient fabriquer le film de manière éthique, respectueuse des équipes et en accord avec l’environnement. Il était nécessaire pour la production et les réalisateurs de penser la fabrication du film sur une échelle humaine et de manière légère presque en décroissance vis-à-vis de l’industrie cinématographique. Ainsi, le dispositif d’équipe était réduit, sans machinerie, avec très peu de matériel technique et très peu d’interventions sur les décors (tous naturels). Cela a offert une grande liberté au tournage.

Mathieu Thill : “J’ai été très touché par le supplément d’âme de ce dossier. Les réalisateurs ont proposé une démarche d’éco-production organique, en faisant avec l’existant et sans le voir comme une contrainte”.

À la demande des réalisateurs et de l’équipe, la cantine était entièrement végétarienne pendant toute la durée du tournage. C’est aussi une solution simple et efficace pour réduire significativement l’impact environnemental d’un tournage (poids carbone des repas réduit de plus de 75% par rapport à des repas carnés – source Ecoprod). 

Pour réduire l’impact des transports, l’équipe a accordé un grand temps de préparation au film et notamment aux repérages des décors naturels. L’équipe mise en scène avait comme mission de trouver tous les lieux du tournage dans une zone géographique de 15 kilomètres autour des logements partagés de l’équipe. Dans la mesure où l’équipe était hébergée en gîte collectif, les techniciens co-voituraient en début et fin de journée, en bonne intelligence avec la mise en scène sur l’organisation des journées de tournage. 

Pour l’ensemble des décors et des costumes, la production a systématiquement privilégié des matériaux récupérés ; non pas dans un unique souci économique mais bien pour l’aspect vivant et patiné des objets et des textiles à l’image. In fine tout cela a servi les intérêts artistiques de la mise en scène. La production a collaboré avec la Ressourcerie de Pralong à Embrun et La Basse-Cour à Briançon (lieu de vie communautaire qui abrite ateliers, local associatif, logements, accueil de personnes en situation irrégulière), qui a fourni des matières premières récupérées et ont aidé à recycler tous les achats du film. Sur le tournage, il n’y avait ni maquillage, ni coiffure pour privilégier le naturel des comédiens et comédiennes.

Synopsis : À 29 ans, Laurent cherche un sens à sa vie. Sans travail ni logement, il atterrit dans une station de ski déserte hors-saison et s’immisce dans la vie des rares habitant·es qu’il rencontre. Quand les touristes arrivent avec l’hiver, Laurent ne peut plus repartir.

MENTION SPÉCIALE : AMOUR APOCALYPSE

AMOUR APOCALYPSE de Anne Émond, la création d’un comité vert

Le jury a remis une mention spéciale au film AMOUR APOCALYPSE réalisé par Anne Émond et présenté à la Quinzaine des cinéastes. Pendant le tournage un “comité vert” a été mis en place : composé d’un acteur, d’un membre de l’équipe de production, un membre de l’équipe technique, un membre de la régie, ce comité s’est chargé d’envoyer les communications vertes chaque semaine à tous les membres de l’équipe pour les informer de l’avancement des actions éco-responsables de la production pendant le tournage.

“J’ai trouvé vraiment intéressant qu’ils aient créé un comité vert (…) ça montre que ce n’est pas le job d’une seule personne, c’est à travers toute l’équipe que ça se fait. Je trouve qu’il devrait y avoir des comités comme ça pour tous les films.” – Adélaïde Charlier

L’équipe s’est investie pour anticiper la limitation des déchets dès l’achat ; tout devait être compostable, recyclable et/ou revendable. Si cela n’était pas possible, une alternative écologique était demandée. Les décors ont été éco-conçus grâce à l’utilisation de matériaux recyclés ou recyclables et leur fin de vie a également été anticipée. Par exemple, pour les besoins du tournage, une statue géante à été conçue avec des matériaux recyclés et dès la fin de son utilisation, elle a été transportée à un musée de la nature. La production a également mis en place un système de compost et un point de collecte permanent qui sera utilisé sur d’autres films.

Le jury a également salué l’engagement de longue date de la société de production Metafilms, qui systématise l’éco-production sur ses tournages. “Le film ‘Amour Apocalypse’ aborde le sujet de l’Éco-anxiété et des changements climatiques. Dès son écriture, nous avons pensé à l’impact environnemental.” indique la production dans son dossier. 

Le film a été certifié par On tourne vert, organisme qui accompagne l’industrie de la production audiovisuelle au Québec dans le processus de transition écologique. 

Synopsis : Adam est un propriétaire de chenil au grand cœur. Pour combattre son anxiété écologique, Adam commande une lampe solaire thérapeutique, ce qui l’amène à rencontrer Tina, une femme rayonnante dont la voix apaise tous ses soucis.