Entretien avec Laurine Vaccaro, Impact manager sur l’émission 100% Logique

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Ecoprod a eu le plaisir de s’entretenir avec Laurine Vaccaro de A Better Prod, Impact manager sur le tournage de l’émission 100% Logique (Label Ecoprod 3 étoiles) produit par BBC Studios France.

Formation des chefs de postes à l’éco-production, lecture environnementale, réduction de l’impact des transports, table régie en vrac : découvrez les coulisses d’une émission éco-responsable !

Un Label Ecoprod 3 étoiles obtenu haut la main !

Vous avez obtenu 3 étoiles et un score exemplaire au Label : quelle a été votre démarche pour y parvenir ?

On a eu la chance d’être appelés très tôt, en juin 2024 pour des tournages en décembre 2024 et mars 2025, à l’initiative de BBC Studio France et à la demande du diffuseur France Télévisions. J’ai pu animer une formation dès le début avec les principaux chefs de poste. Avec du recul, ça m’a paru essentiel car ils comprennent alors pourquoi on met en place ces démarches. Ce n’est pas juste une histoire de bonus ou de cases à cocher, comme certains pourraient le penser. Une fois qu’on explique, qu’on déconstruit les idées reçues et qu’on s’implique, les équipes adhèrent beaucoup plus facilement à la démarche. Et puis, à titre personnel, c’est aussi plus agréable d’arriver sur un plateau où les gens me connaissent, me font confiance et deviennent eux-mêmes ambassadeurs de l’éco-socio-production. Je pense vraiment que la formation en amont et l’anticipation ont été les piliers de cette réussite.

Est-ce qu’il y avait déjà des initiatives en place à votre arrivée ? Avez-vous pu capitaliser sur des expériences précédentes ou sur la stabilité des équipes ?

L’équipe BBC était déjà très stable et impliquée. Jeremie Gougeon, alors directeur des productions, avait déjà engagé la démarche avec l’administratrice de production, Dionne Nguyen. Des personnes clés, comme la chargée de production Betty Rousseau, sont devenues de véritables piliers du projet et ont saisi l’utilité du Label pour concrétiser la démarche. L’équipe éditoriale et la post-production sont les mêmes depuis le début de l’émission, ils avaient déjà mis en place de nombreuses actions dans leurs métiers et ont vu la labellisation comme un nouveau challenge à relever.

Vous réalisez une synthèse des actions en présentiel à la fin du projet. Qu’est-ce que cela apporte à l’équipe ?

Pour moi, c’est le meilleur moment ! C’est factuel, et tout le monde réalise l’impact réel de nos actions. J’explique, par exemple, le concept de CO2 équivalent à l’aide de slides et de comparatifs concrets et ludiques ! Cette présentation marque vraiment les esprits et permet à chacun d’identifier les réussites et progrès réalisés.

Lors de la restitution, on détaille les principaux postes à impact, notamment le transport, en raison des déplacements de décors, de matériel et des équipes. Cette synthèse a systématiquement lieu en présentiel. Elle fait désormais partie intégrante de notre ADN chez A Better prod.

Sur un tournage, il peut arriver que certains membres de l’équipe ne retiennent que ce qu’ils ont pu constater par eux-mêmes, souvent une toute petite partie des actions menées et n’ont pas forcément conscience de l’efficacité de la démarche. D’où l’importance de cette restitution, au moins auprès des chefs de poste, et, idéalement, à l’ensemble de l’équipe

Les deux critères éditoriaux du Label validés !

La façon d’aborder les critères du Label Ecoprod portant sur l’éditorial pose souvent question pour les émissions de flux. Comment avez-vous répondu à cette exigence pour ce jeu télévisé ?

La lecture environnementale a été menée avec différentes personnes, à différents moments du projet. J’ai d’abord rencontré l’équipe de production pour définir le contour éditorial et la marge de manœuvre dont nous disposions. Puis j’ai rencontré l’équipe éditoriale en charge des questions, du graphisme et de tout ce qui touche au contenu du programme. Il faut savoir que, dans ce jeu télévisé, toutes les questions auxquelles les candidats répondent doivent exclusivement reposer sur la logique : il y a des règles strictes, contrôlées par huissier.

L’équipe rédactionnelle peut ensuite adapter les situations pour les orienter vers des pratiques plus responsables et inclusives, telles que des courses de cyclistes plutôt que de voitures, des prénoms inclusifs, un couple gay, le mot « éco-logique », des éoliennes, une personne en situation de handicap, la diversité des profils et des ethnies, des panneaux solaires, le tri des déchets, le train, ou encore un vacancier qui voyage à vélo !

L’équipe était-elle déjà sensibilisée à ces sujets ?

L’équipe de 100% Logique était déjà assez sensibilisée à l’environnement et à l’inclusion, et travaillait dans ce sens. Côté éditorial, mon rôle a été de valoriser ce travail éditorial, auprès du reste de l’équipe notamment, à travers les éco-notes. Ces éco-notes sont de courtes (et souvent ludiques) informations sur la démarche, diffusées via la feuille de service afin de faire connaître les actions de chacun à l’ensemble de l’équipe ! 

En résumé, tous les postes étaient sensibilisés, ce qui nous a permis d’aller chercher d’autres critères du Label qui n’étaient pas encore validés. 
Par ailleurs, je considère que le casting inclusif et paritaire fait partie de la sensibilisation éditoriale. Le directeur de casting m’a communiqué la liste complète des candidats depuis la saison 1 : à deux personnes près, la parité était parfaite, seuls des désistements de dernière minute ont empêché l’équilibre total.
Sur l’inclusion, le sous-titrage permet à 7 millions de personnes sourdes ou malentendantes d’accéder au programme.
Enfin, Cyril Féraud, l’animateur, est aussi très respectueux et inclusif, ce qui crée une ambiance où chacun se sent légitime et bien accueilli.

Quelle est votre approche sur ce type de projet ?

J’applique la méthode des petits pas, sans brusquer les gens, pour pérenniser les changements. C’est ce que nous répétons toujours en formation : rester positif, avancer progressivement, et ancrer durablement les bonnes pratiques.

Une réussite majeure sur la gestion des transports

Quelle a été votre plus grande réussite sur ce programme ?

Ma plus grande réussite a été de répondre au critère engageant à réduire les émissions liées au transport. Le décor du plateau est stocké toute l’année au Portugal, et initialement, il devait faire quatre allers-retours sur la saison, pour être utilisé sur les deux périodes de tournage de l’année. Quatre allers-retours à trois semi-remorques ça représente environ 6 tonnes de CO₂ ! S’il y avait une économie à faire sur les émissions liées aux transports, c’était bien là ! Dans la pratique, c’était moins évident. J’ai vraiment failli baisser les bras, car c’était un vrai changement d’habitude pour tout le monde, et cela impliquait aussi un manque à gagner certain pour le prestataire portugais.

Le Label nous a vraiment challengé et mobilisé sur cette question des transports et on a réussi à réduire de moitié l’impact de ces déplacements. Pour pouvoir valider ce critère du Label, il a fallu trouver une solution clé en main à proposer à la production. J’ai cherché un lieu de stockage en Ile-de-France capable d’accueillir tout le décor entre les deux tournages, ce qui n’a pas été simple. Après de nombreux appels, un prestataire spécialiste du stockage automobile a accepté. J’ai tout préparé pour faciliter la décision de la production, et finalement, ils ont accepté de tenter l’expérience.

Au final, on a pu compter sur la collaboration de tous : Cenyset au Portugal, Marchal Technologies en Ile-de-France, le régisseur général, et surtout Betty, la chargée de projet, qui anticipait les éventuels problèmes à désamorcer.

AMP nous a grandement aidé aussi. Les 100 chaises des candidats de 100% Logique servent aussi à l’émission Danse avec les stars. On ne pouvait pas imposer à DALS un trajet supplémentaire pour récupérer ses chaises à notre espace de stockage. Elles ont pu être stockées chez AMP pendant le mois entre les deux tournages de 100% Logique et de DALS, grâce à un travail collectif de coordination.

Même si le stockage en Ile-de-France est plus cher, sur trois mois cela s’est équilibré avec les économies de transport. Fort de cette expérience, Cenyset réfléchit à installer un lieu de stockage en Ile-de-France : lui aussi a tout intérêt à œuvrer dans ce sens , pour ses propres engagements RSE, ainsi que ceux de ses clients.

Avez-vous pu capitaliser sur vos expériences précédentes ?

Oui, même si chaque projet est unique, j’ai pu m’appuyer sur mes expériences précédentes, notamment sur mes autres projets labellisés « Hot Ones », « Euromillions » et « Loto ». Cela m’a permis d’être à l’aise avec les critères du Label et d’ajuster la démarche au fil du projet. 

Selon-vous, quels sont les points à améliorer ?

Il reste des progrès à faire, par exemple il restait quelques vols en avion. Pour l’émission, deux candidats venaient de l’étranger. Même si la production ne prenait pas en charge leurs billets, nous avons choisi d’intégrer tous les vols au bilan carbone, par souci de transparence.

Pour les achats d’accessoires, nous avons réussi à favoriser des sociétés françaises sur la deuxième session de tournage mais le rythme de production ne nous le permet pas toujours. La démarche de labellisation, avec une phase d’engagement, aide à avancer et à sensibiliser durablement les équipes. Une fois que nous avions obtenu le Label Engagement, l’objectif était d’atteindre les trois étoiles !

Se passer de contenants individuels à usage unique

Il y a un autre critère du Label qui peut être challengeant pour les émissions avec du public : la réduction drastique des contenants individuels à usage unique (critère I6 du Label Ecoprod). Comment avez-vous géré le catering pour les candidats et le public de l’émission, notamment en ce qui concerne la nourriture et l’eau ?

C’est un point sur lequel nous avons beaucoup travaillé, car le traditionnel pack sandwichs triangles pour le public ou les candidats pose toujours problème, avec beaucoup d’emballages jetables. Pour la boisson, nous avons envisagé toutes les options, jusqu’à penser avoir trouvé la solution idéale : la « vegan bottle », une bouteille biodégradable ! Mais après avoir consulté notre prestataire de gestion des déchets, Fin2déchets, nous avons découvert que ces bouteilles n’étaient pas acceptées dans les biodéchets…

Il a donc fallu choisir entre une bouteille vegan qui finirait dans le tout-venant, et une bouteille plastique classique, qui elle, est recyclable et aura une seconde vie. Les émissions avec du public représentent un vrai défi pour limiter les contenants jetables. Le public et les candidats restent plusieurs heures sur le plateau, il faut donc leur fournir de l’eau sans recourir au jetable. Les gobelets et canettes peuvent se renverser, le verre est lourd, bruyant et peut se casser. Restent le Tetra Pak et la bouteille plastique.

Nous avons testé le Tetra Pak, mais là encore, le recyclage pose problème. Notre prestataire Fin2déchets nous a confirmé qu’il existe très peu d’usines en France capables de recycler le Tetra Pak, ce qui implique de longs trajets et la nécessité d’atteindre un certain tonnage pour que ce soit rentable. Il semble finalement que la bouteille plastique, parce que monomatière avec des filières de recyclage plus accessible, reste la solution la plus simple à recycler dans ce cas précis.

Eau Neuve nous a aussi parlé des bouteilles en aluminium refermables, qui sont recyclables et monomatière, mais elles restent plus lourdes, plus chères. Une fois utilisées, elles sont refondues pour fabriquer des plaques pour l’aéronautique, mais ça reste une solution coûteuse.

Au final, nous avons utilisé des Tetra Pak uniquement sur demande, installé de nombreuses fontaines à eau et clairement indiqué partout qu’il fallait venir avec sa propre gourde. Heureusement, sur notre émission, les candidats étaient autorisés à venir avec leur gourde, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs. J’ai de nouveau pu compter sur le directeur de casting et son équipe, très engagés, qui ont bien relayé l’information auprès des candidats.

La vraie victoire sur ce tournage, en termes de réduction du plastique, a été de retirer la bouteille d’eau du panier-repas du midi, ce qui a incité le public à venir avec sa gourde.

Et côté nourriture ? Avez-vous pu réduire les emballages ou proposer des alternatives plus responsables ?

Côté nourriture, nous avons fait évoluer les sandwichs triangles en sandwichs faits maison : un végétarien, un au poulet ou au poisson, emballés dans du papier.

À mon arrivée, le panier-repas proposait aussi un gâteau suremballé, une compote et un paquet de chips. Nous nous sommes réunis avec le cantinier (L’Entract), le prestataire qui livre la régie (Crem’O Da) et le régisseur général Samuel Fermino, pour réfléchir à la composition optimale de ce panier. Nous avons remplacé les compotes par des fruits de saison : pommes, clémentines en décembre, et nous avons gardé les bananes, difficiles à remplacer. Le gâteau a été supprimé. Dans l’espace candidats, la table régie était, comme celle des techniciens, composée de produits en vrac (madeleines, gâteaux, cacahuètes, etc.). Il a été entendu que les biscuits de la table régie seraient suffisants. Enfin, pour les chips, nous avons cherché des alternatives : il existe des emballages en papier, mais ils sont rares et nous n’avons trouvé qu’une marque anglaise. On a finalement préféré une marque fabriquée en France : on perdait l’emballage papier, mais on évitait les transports !

Pour vous lancer dans une démarche d’éco-production, consultez les ressources et les formations d’Ecoprod.