Retour sur le Plan Action ! Saison 2 du CNC

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Le 11 mars 2025, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a présenté le bilan et la suite du Plan Action ! : son plan de transition écologique et énergétique des secteurs du cinéma, de l’audiovisuel et des industries techniques.

Lancé en 2021, le Plan Action ! comprend trois leviers :

  • Mesurer : l’impact environnemental de la filière à travers les études menées par l’Observatoire de la transition écologique
  • Sensibiliser : les étudiants et les professionnels aux enjeux environnementaux et à la production responsable
  • Structurer : le secteur notamment en conditionnant les aides financières du CNC au dépôt d’un double bilan carbone (prévisionnel et définitif)
Le bilan du premier volet du Plan Action ! (2021-2024)
Discours de Gaëtan Bruel (président du CNC)

Gaëtan Bruel (président du CNC), a ouvert la journée par un discours posant le constat d’un contexte actuel difficile : “Cette journée intervient dans un contexte qui n’est pas simple pour nos enjeux. La question écologique, la prise en considération des enjeux énergétiques, environnementaux, progresse à petits pas – tellement à petits pas qu’on se demande parfois si on n’est pas en train de faire du sur place, voire de reculer”.

C’est sur la base de ce constat qu’il a rappelé l’importance du cinéma et des récits : “Si nous voulons porter le combat au bon endroit, qui est celui des représentations, de l’imaginaire, alors il faut faire du cinéma et de l’audiovisuel le terrain privilégié d’une prise de conscience et d’une révolution tranquille mais décisive”.

Il est ensuite revenu sur les actions de transition écologique menées depuis ces quatre dernières années par le CNC avec les acteurs de l’audiovisuel : conduire des études par le biais de l’Observatoire de la transition écologique, sensibiliser les étudiants et les professionnels par la formation, faire prendre conscience aux professionnels de la production de l’impact de leurs activités, et structurer les engagements de la filière grâce au référentiel Afnor Spec 2308.

Il a aussi souligné la volonté du CNC de poursuivre dans cette voie volontariste avec des annonces pour 2025 « La ministre de la Culture a souhaité que le CNC puisse proposer sur cette base, d’ici le mois de mai, un coup de pouce aux porteurs de projets qui feraient leurs meilleurs efforts. Nous travaillons donc en ce moment même à un dispositif incitatif attaché au référentiel Afnor. »

Le discours complet de Gaëtan Bruel est à consulter juste ici.

Observatoire de la transition écologique : les grandes tendances

Cécile Lacoue (directrice des études, des statistiques et de la prospective) a présenté les grandes tendances identifiées dans le secteur par l’Observatoire de la transition écologique :

Une implication croissante des professionnels de l’audiovisuel vis-à-vis des enjeux écologiques : “Les lignes ont bougé fortement entre 2022 et 2023 : 87% des sociétés interrogées déclaraient avoir mis en place des pratiques écologiques début 2023, c’est 9 points de plus qu’en 2022.”

Des motivations souvent liées aux contraintes financières et réglementaires : “Le contexte inflationniste pousse un certain nombre de société à agir, à voir comment réduire leur consommation énergétique […] les raisons sont en réalité multiples : il y a aussi un engagement sincère et une prise de conscience sur les sujets RSE […] Ce qui joue également sont les obligations réglementaires futures : le décret tertiaire qui concerne les salles de cinéma qui ont une surface de plus de 1000m2 qui vont devoir réduire leur consommation énergétique de 40% d’ici à 2030 et de 60% d’ici à 2050 […] L’éco-conditionnalité des aides du CNC a aussi incité les sociétés de production à agir”.

Des filières qui s’engagent dans la réduction de leur empreinte carbone : “On en est encore au stade de pratiques assez simples à mettre en œuvre, notamment en ce qui concerne les déchets et le tri sélectif, ce qui n’est pas forcément ce qui a le plus d’impact sur le bilan carbone […] On avait quand même 61% des sociétés qui disaient optimiser leurs déplacement, là aussi sûrement motivées par l’inflation. La moitié disait essayer d’acheter des produits respectueux de l’environnement”.

Le coût, un frein à l’action écologique important, mais en recul : “C’est d’abord une question de budget : il y a un sentiment que la transition énergétique est coûteuse. C’est aussi lié à un manque de temps et à un manque d’information […] Mais ce qui est intéressant et qui montre la maturité du secteur, c’est que ces freins là ont reculé en l’espace d’un an, notamment le manque de temps et d’information. Les sociétés sont mieux informées sur le sujet et la transition énergétique devient une priorité”.

Diagnostic énergétique des salles des cinéma : “Les établissements récents sont beaucoup moins énergivores, là où les beaucoup plus anciens, même lorsqu’ils ont été rénové, continuent à consommer beaucoup plus d’énergie […] Ce qui joue également est la surface : ceux qui consomment le moins sont les plus petits établissements, et ceux qui consomment le plus sont ceux qui ont le plus de salles de cinéma […] La projection, inhérente à l’activité, est un poste important de consommation d’énergie (16% des dépenses énergétiques des salles). Le gros des dépenses énergétiques concerne le chauffage, la ventilation, et la climatisation (près de 60% des dépenses énergétiques) […] Des actions plus ou moins complexes et coûteuses peuvent être mises en place, souvent avec un retour sur investissement rapide : “Remplacer le matériel en fin de vie, limiter la température du chauffage et de la climatisation. Mais, pour la projection, un seul levier a été identifié : le fait de remplacer les projecteurs xénons en fin de vie par des projecteurs laser, beaucoup moins consommateurs en énergie”.

Diagnostic environnemental des studios de tournage : “L’impact est assez important : 92% de ces émissions sont indirectes et sont liées aux productions accueillies”. L’impact carbone varie d’un studio à l’autre, mais globalement : “Les intrants (achat et location de biens et de services) à eux deux représentent plus de 80% des émissions carbone”. Les studios de tournage peuvent mettre en place un certain nombre d’actions pour réduire leur impact carbone : “proposer des entrepôts de stockage pour les productions pour réutiliser le matériel, centraliser les pôles audiovisuels, avoir un catalogue de prestataires locaux et de cantines responsables, mettre en place des triporteurs et des bornes de recharge pour les véhicules électriques...” Plus globalement, il s’agit de repenser les modèles des studios : “Ils doivent être éco-conçus, intégrer les énergies renouvelables, et imaginer des solutions collectives avec les producteurs, les fournisseurs et les pouvoirs publics”.

Les prochaines étapes de l’Observatoire de la transition environnementale :

Consulter le Bilan de l’Observatoire de la transition environnementale

De la formation initiale à la formation continue

Agnès Toullieux (secrétaire générale adjointe du CNC) et Frédéric Aublé (directeur de production et formateur) ont présenté un premier bilan des formations initiales dédiées à l’éco-production suivies par plusieurs milliers d’étudiants en audiovisuel. Ils ont notamment insisté sur la nécessité d’éviter les discours uniquement anxiogènes, et sur le besoin de présenter des leviers d’actions concrets et efficaces. Ils ont également rappelé l’importance de la formation continue pour les professionnels en activité, en rappelant l’offre de formations disponibles dans toute la France. Découvrir les formations dispensées par Ecoprod

Éco-conditionnalité des aides : premières tendances

Leslie Thomas (secrétaire générale du CNC) a présenté un premier bilan du dispositif d’éco-conditionnalité.

Depuis 2021, les productions en prise de vue réelle souhaitant obtenir une aide financière du CNC doivent fournir un bilan carbone prévisionnel et définitif en utilisant l’un des outils homologués par le CNC (Carbon’Clap, le calculateur carbone d’Ecoprod, est homologué par le CNC).

Depuis le 1er mars 2025, cette règle s’applique également au cinéma d’animation et au secteur du jeu vidéo.

Près de 2000 bilans carbone ont été reçus par le CNC depuis le lancement de l’éco-conditionnalité des aides (pour la majorité des bilans prévisionnels). Ils permettent de souligner une forte corrélation entre le coût d’une œuvre et son impact carbone (même si on constate aussi une grande variabilité en fonction du genre éditorial). Il est important de noter que les résultats obtenus sont issus de données prévisionnelles et varient en fonction de l’outil utilisé. C’est pourquoi le CNC travaille à l’évolution du protocole d’homologation des outils de bilan carbone.

Les prochaines étapes du Plan Action ! (2025-2028)

Inciter à l’engagement environnemental et sociétal

Après une présentation du référentiel de production responsable, l’AFNOR SPEC 2308 , qui constitue un “mode d’emploi permettant d’accompagner les professionnels dans la définition de stratégies de réduction de leurs impacts”, Leslie Thomas a annoncé que le CNC menait une réflexion sur la mise en place de mesures d’ “accompagnement financier pour les productions qui feraient leurs meilleurs efforts”.

Rendez-vous au festival de Cannes 2025 pour des annonces éventuelles !

Les normes environnementales : une nouvelle opportunité pour la filière ?

Cette thématique était au cœur de la table ronde qui a réuni :

Sébastien Saunier, directeur de la stratégie et du crédit aux entreprises · IFCIC
Livia Saurin, secrétaire générale adjointe, France Télévisions
Mathilde Yagoubi, directrice générale, Game Only

Modération : David Irle, éco-conseiller, Le bureau des acclimatations

Dans un contexte d’évolution des réglementations européennes, il est nécessaire pour les sociétés du secteur tertiaire de s’adapter aux directives de reporting extra financier (CSRD, CS3D, SFDR). Pour Mathilde Yagoubi, la réception de ces réglementations s’est faite en deux temps. Si leur mise en œuvre a été longue et difficile, on se rend compte de leur utilité pour la résilience et la compétitivité des entreprises françaises. Selon elle, la France est “moteur et leader européen sur ces sujets”. En effet, si les mesures restent pour l’heure incitatives, ce devoir de transparence et d’exigence va devenir décisif pour les acteurs du secteur. Comme l’a expliqué Sébastien Saunier, la réalisation d’un bilan carbone sera obligatoire pour obtenir un prêt auprès de l’IFCIC d’ici à 2030.

Livia Saurin a ensuite évoqué la stratégie de reporting extra-financier de France Télévisions.

Le groupe a cherché à trouver des leviers d’action concrets pour réduire leur impact environnemental. Leur plus grand défi est de réduire leur impact carbone sachant que 65% sont imputés à la fabrication de terminaux (télévisions, ordinateurs, tablettes, smartphones…) des facteurs “hors de leur contrôle”. Le groupe a d’ores et déjà lancé des actions plus directes : éco-conception du site france.tv pour réduire l’impact de la diffusion et de la consommation de leur contenu, mais aussi la mise en place d’actions clés dans leurs studios et inclusion de clauses RSE dans ses contrats. De plus, France Télévisions a lancé une Convention Interne sur le Climat avec des employés tirés au sort.

Consciente de l’influence des grands groupes, Livia Saurin reconnaît le pouvoir prescripteur de chaînes comme France Télévisions. Cette responsabilité se reflète dans l’orientation de leur ligne éditoriale : sujets environnementaux multipliés par trois en quatre ans, lancement du JT Météo Climat, directrice de rédaction en charge des sujets environnementaux… Elle a aussi insisté sur l’importance de la représentation de gestes vertueux dans les œuvres. Par exemple, la série Un si grand soleil qui a reçu le Label Ecoprod a plusieurs reprises, montre régulièrement des personnages qui trient leurs déchets, qui se déplacent à vélo, qui s’interrogent sur les enjeux environnementaux…

Comment accompagner au mieux les professionnels du secteur ?

Si les normes cherchent à orienter l’ensemble des acteurs vers un cercle vertueux, il est nécessaire de proposer un accompagnement spécifique aux TPE et PME. Comme l’explique Sébastien Saunier, le budget reste un enjeu majeur pour l’action environnementale et les financeurs ont un rôle important à jouer dans la transition du secteur. L’IFCIC, établissement à mission d’intérêt général, conditionne ses investissements au niveau d’engagement environnemental et RSE des structures. Si les financeurs ont une responsabilité, les intervenants ont aussi rappelé le rôle central des pouvoirs publics, véritables vecteurs de la transition.

La norme, un vecteur d’équité et de stabilité

Si l’Union Européenne a multiplié les directives ces dernières années, il s’agit désormais de garantir leur transposition dans l’ensemble des pays membres pour éviter une “Europe à deux vitesses” (Mathilde Yagoubi). En effet, de nombreux Etats n’ont pas encore transposé ces directives (l’Allemagne, le Portugal, l’Italie, l’Espagne…), ce qui créé des déséquilibres et une perte d’attractivité pour les pays qui les appliquent déjà (la France, le Danemark, la Suède…).

Pour Mathilde Yagoubi, la norme doit agir comme un vecteur d’équité. Il ne s’agit pas de les multiplier mais de les transposer et de leur laisser le temps de faire leurs effets (référence au paquet OMNIBUS discuté en ce moment à la Commission Européenne).

Livia Saurin insiste particulièrement sur la nécessité de stabilité sur ces sujets complexes pour ne pas perdre les professionnels qu’on commence tout juste en mobiliser, à former. Elle prend l’exemple du référentiel Afnor Spec 2308 porté par le CNC, la DGMIC, et le Label Ecoprod : “L’octroi éventuel d’un soutien public en contrepartie d’une labellisation, c’est quelque chose qui me semble particulièrement intéressant. […] Il y a beaucoup de choses qui ont émergé dans le domaine des normes environnementales dans le secteur. Il y a Afnor Spec, Ecoprod… Je rêverai d’une équivalence entre les deux. L’acceptabilité d’une norme s’accompagne d’un accompagnement, ce que le CNC et Ecoprod font très bien. Cela s’accompagne d’un soutien financier, mais aussi, si possible, d’une réduction des démarches administratives pour appeler et mobiliser ces aides. A cet égard, une convergence entre les différents labels existants me paraîtrait être une bonne chose”.

Elle poursuit : “Je pense qu’il y a des articulations qui seraient salutaires entre ces différentes initiatives qui, à mon sens, sont davantage complémentaires que concurrentes. Je crois beaucoup dans le fait d’inventer des solutions ensemble, et je crois beaucoup dans l’action des pouvoirs publics pour accompagner ce changement et valoriser à leur juste mesure les initiatives vertueuses”.

Diagnostic environnemental des studios de post-production, de VFX et d’animation

Le CNC a publié une étude réalisant le diagnostic environnemental des studios d’animation, de post-production et de VFX1. Cette dernière met en lumière les principaux postes d’émission des structures tout en identifiant des leviers d’action pour une transition du secteur.

Les postes d’émission clés : 

  • L’énergie
  • Les transports
  • Les équipements numériques et les services
  • Les déchets

Répartition de l’empreinte carbone totale, d’après les chiffre de l’étude CNC

Passer à l’action : des recommandations en accord avec le Guide Ecoprod de la post-production et des VFX éco-responsables

L’étude du CNC met en évidence des axes d’amélioration clairs. Pour les consulter, vous pouvez la télécharger ici.

La volonté de transition des studios est appuyée par Ecoprod et son Guide de la post-production et des VFX éco-responsables. Les 70 bonnes pratiques qui y sont identifiées jouent un rôle déterminant pour réduire l’empreinte environnementale du secteur, tout en lui permettant de préserver sa créativité et son dynamisme.

  1. Etude réalisée auprès de 20 structures de post-production dans le domaine de l’infrastructure, de l’énergie, du transport, et de la gestion des déchets. ↩︎